L’apocalypse des mollahs. L’édito de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Une guerre pour l’Histoire. Ainsi se présente l’opération Lion rugissant lancée contre l’Iran par Israël avec l’appui déterminant des États-Unis qui l’ont, eux, baptisée Fureur épique. Rien d’un énième embrasement au Moyen-Orient, rien d’un simple raid de représailles. À la différence de la guerre de douze jours de juin dernier, il ne s’agit plus seulement de neutraliser des installations nucléaires. L’objectif affiché est autrement plus radical : décapiter le régime des mollahs, ce « groupe vicieux et terrible » selon les mots de Donald Trump.
Le président américain rappelle que, depuis quarante-sept ans, la République islamique a multiplié violences, exécutions et attaques indirectes contre des intérêts occidentaux, coûtant la vie à des civils et à des soldats américains. À la Maison-Blanche, la détermination est totale. Il s’agit, pour le locataire du Bureau ovale, de solder des décennies d’humiliations infligées à l’Amérique.
Quitte à s’affranchir du droit international, de la charte des Nations unies et même de l’aval du Congrès à Washington. Faute de légalité incontestable, l’opération se pare d’une légitimité morale : celle d’un droit d’ingérence invoqué au nom de la défense des libertés. Quoi qu’il en soit, Trump prend tous les risques. Et il n’a pas droit à l’erreur.
Qui versera des larmes sur l’anéantissement d’une dictature islamiste qui a instrumentalisé la foi pour asservir son peuple ? Depuis 1989, le Guide suprême Ali Khamenei a verrouillé un pouvoir confisqué par une oligarchie de Gardiens de la révolution. L’ayatollah aurait préparé sa succession, accumulant au passage une fortune colossale. Ironie tragique : la révolution de 1979, menée au nom de la justice et de la démocratie, a enfanté une théocratie autoritaire. L’abus de religion produit de grands crimes.
Les arrestations massives et l’exécution de milliers de jeunes opposants ces derniers mois – 32.000 selon certaines sources – ont confirmé le visage sanguinaire d’un régime qui piétine la liberté et la vie humaine. Pourtant, l’émotion ne dispense pas de lucidité. L’Iran n’est pas le Venezuela. Si Washington a pu faire plier le régime de Caracas sans pertes militaires majeures, le défi iranien est d’une autre ampleur : près de 90 millions d’habitants, un territoire vaste comme trois fois la France, une influence régionale tentaculaire.
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Éliminer quelques dignitaires ne suffira pas à déraciner un système profondément imbriqué dans l’État et la société. Les opposants – des moudjahidines du peuple aux partisans de Reza Pahlavi, le fils du chah – restent divisés. Une invasion terrestre rappellerait les funestes précédents irakiens. Peut-être les stratèges américains espèrent-ils que l’armée iranienne assurera la transition et préservera l’ordre en attendant une solution politique.
Le clivage entre une jeunesse assoiffée de libertés et les générations qui portèrent la révolution islamique est réel. Il peut être une chance. Il peut aussi devenir une fracture. Un Iran livré à l’anarchie ou à la guerre civile déstabiliserait toute la région, nourrirait le terrorisme et pousserait à l’exil des millions de civils. Nul ne peut se satisfaire d’un chaos persan.
L’opération militaire ne trouvera donc d’issue positive que si la diplomatie reprend ses droits. Ne pas humilier, ne pas écraser un peuple fier de sa civilisation millénaire : telle devrait être la boussole. Car au-delà des mollahs et des états-majors, l’enjeu, c’est la Perse.
Et l’Histoire jugera.