LA TRIBUNE DIMANCHE — Quel était votre lien personnel avec Marjane Satrapi ?
RIAD SATTOUF — Sa disparition est un choc. Même si je savais qu’elle allait très mal depuis le décès de son mari… J’ai connu Marjane au début des années 2000, à L’Association, avec Blain, Sfar, Sapin, Émile Bravo… C’était un moment très vivant de la bande dessinée, et elle y occupait déjà une place à part. Elle avait une énergie très singulière, hyper percutante, elle était hilarante !
J’ai toujours eu le sentiment que, chez elle, la bande dessinée avait été un formidable moyen d’expression, mais pas un territoire où elle voulait rester. Elle était très attirée par le cinéma. C’est d’ailleurs pour cela que je lui avais proposé un petit rôle dans Les Beaux Gosses, celui d’une vendeuse de guitares. Elle était très drôle et avait beaucoup d’autodérision. Hélas ! elle a arrêté de dessiner, le temps a passé, la vie a continué et nous nous sommes perdus de vue.
Qu’a-t-elle apporté à la bande dessinée ?
Marjane Satrapi a apporté à la bande dessinée un nouveau lectorat ! Avec Persepolis, elle a montré qu’un récit très personnel, très politique, marqué par l’histoire d’un pays, pouvait être reçu partout, par tout le monde. C’est extrêmement rare. Je crois qu’elle a contribué à élargir considérablement le champ de la bande dessinée, à le sortir de son carcan. Elle a fait une œuvre très accessible, lisible par tout le monde tout en restant profondément intelligente.