OPINION. « Le Festival de Cannes doit être un espace d’optimisme », par Iris Knobloch

Iris Knobloch est la présidente du Festival de Cannes depuis 2022.
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Iris Knobloch est la présidente du Festival de Cannes depuis 2022.
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Il y a des moments où le monde tangue. Les conflits s’étendent, les tensions montent, les repères se brouillent. Et pourtant, dans deux jours, le Festival de Cannes s’ouvrira pour la 79e fois. Du 12 au 23 mai, nous accomplirons un acte en apparence simple : nous retrouver dans une salle obscure et partager des films, ensemble. Cet acte relève d’un choix : celui de se rassembler, de ne pas détourner le regard et de laisser les films nous transformer.
Certains pourraient s’interroger sur le sens du Festival dans un monde traversé par tant de conflits. La réponse se trouve dans son histoire. En 1939, alors que le monde vacille, l’idée du Festival de Cannes naît comme un geste de liberté, de résistance et d’ouverture. Dès l’origine, une évidence s’impose : réunir le monde par le cinéma n’est pas un luxe, c’est une nécessité.
Certes, les films ne réparent pas le monde. Mais ils le maintiennent ouvert : contre le silence, contre le repli, pour continuer à voir, à ressentir et à comprendre ensemble. Aujourd’hui, on attend parfois du Festival qu’il prenne position, qu’il apporte des réponses. Sa mission est différente et plus exigeante. Elle tient en trois engagements.
D’abord, défendre sans réserve la liberté de création et d’expression, en offrant une scène ouverte aux œuvres comme à la parole des artistes, y compris lorsque celles-ci nous questionnent. Cette liberté n’est pas un acquis : elle se défend, année après année.
Ensuite, préserver notre capacité à imaginer. Non pour fuir le réel, mais pour l’élargir quand celui-ci se referme. Les films ouvrent des possibles, déplacent nos certitudes et bousculent nos idées reçues. Dans un monde saturé d’images immédiates et de récits fragmentés, le cinéma offre quelque chose de rare : le temps de regarder, vraiment, et d’être traversé par ce que l’on voit.
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Enfin, être un tremplin : révéler des talents, accompagner des œuvres et leur donner une portée internationale qu’elles n’auraient pas autrement. Le cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné à plusieurs reprises dans son propre pays, a trouvé au Festival une résonance mondiale en recevant, l’an dernier, la Palme d’or pour son film « Un simple accident ».
La cinéaste française Justine Triet, troisième femme à recevoir la Palme d’or, a vu « Anatomie d’une chute » poursuivre sa trajectoire jusqu’aux Oscars. Chaque année, des œuvres venues de plus de cinquante pays se rencontrent dans ce même lieu et sont accueillies avec la même exigence et la même attention. Ici, toutes les voix ont la même valeur, et les visions les plus diverses, la même légitimité.
Dans une époque qui divise les publics et individualise tout, l’expérience collective du cinéma garde une force unique. On s’assoit dans une salle avec des inconnus. On partage la même lumière, le même silence, la même émotion. On ne regarde pas un film distraitement. On le reçoit et quelque chose en nous change. Le cinéma ne nous demande pas d’être d’accord. Il nous invite à être présents. Présents face à des histoires qui ne sont pas les nôtres et qui, soudain, nous rapprochent.
Ce que je souhaite pour ce Festival, c’est qu’il soit un espace d’optimisme. Pas un optimisme naïf qui ignorerait la réalité. Un optimisme qui persévère : celui de celles et ceux qui continuent à filmer, à écrire, à monter, à projeter. Un optimisme qui croit qu’une œuvre peut encore transformer le regard que nous portons les uns sur les autres.
Le 12 mai, nous monterons les marches. Avec le sentiment de la chance et celui du devoir. La chance d’accueillir des artistes et des œuvres venus du monde entier. Le devoir de leur offrir un lieu où ils peuvent être vus et entendus.