Au commencement, fin des années 1950, début des années 1960, c’est une histoire comme il y en eut beaucoup. Celle de Jacqueline Harpman (1929-2012), une jeune romancière belge « lancée » dans la carrière par l’éditeur René Julliard, qui rêvait de dupliquer à l’infini dans le champ littéraire français « l’anomalie » du « charmant petit monstre » Sagan et de son inaugural Bonjour tristesse. Trois, quatre romans suivent, accueillis par une indifférence tout juste polie.
La vraie vie doit être ailleurs, se dit la jeune Jacqueline qui va cesser d’écrire (ou au moins de publier) près d’un quart de siècle durant. Cette fille d’une famille juive décimée durant la Shoah en tient désormais pour les prestiges de l’inconscient. La voilà désormais, tenant cabinet à Bruxelles, psychothérapeute et psychanalyste. Sa réputation intellectuelle n’est plus à faire, notamment au sein des cercles psychanalytiques belges, mais le « démon » de l’écriture est le plus fort et la reprend au cœur des années 1980.
Ce sont les éditions Gallimard puis Stock qui la publient dans un premier temps, pour une volée de livres recueillant un succès honorable, mais plus critique que public ; jusqu’au dernier d’entre eux, sorti en 1995 dans une regrettable indifférence là encore, malgré une sélection dans la liste finale du prix Femina : Moi qui n’ai pas connu les hommes, une curieuse dystopie.