Si le Kremlin considère les vétérans d’Ukraine comme des héros, leur retour du front se révèle difficile. Les crimes impliquant ces anciens combattants se multiplient.Irkoutsk, en Sibérie, le 27 janvier. En pleine nuit, dans un froid glacial, une cinquantaine de policiers et secouristes sont campés devant un immeuble, tentant de convaincre un forcené d’ouvrir sa porte. L’homme, Roman Michurin, 32 ans, retient sous la menace d’un couteau Elena, 42 ans. Les négociations dureront cinq heures. En vain.
Elena sera tuée. Étranglée. Depuis cinq ans, Elena vivait avec ses deux filles dans un centre d’accueil pour mères célibataires géré par la fondation caritative Obereg. C’est là qu’elle a rencontré Svetlana, épouse du meurtrier et maman d’un petit garçon. Pendant plusieurs années, les deux femmes ont partagé la même chambre. Elles sont devenues amies.
Infirmière dans un établissement médical de la ville, Svetlana tombe amoureuse de Roman Michurin au printemps 2025. Lui est un ancien combattant de l’« opération spéciale » en Ukraine, où il a été blessé. Il se montre attentionné, patient avec son fils, et gagne rapidement sa confiance. Le couple se marie durant l’été.
Certaines personnes au passé criminel éprouvent un sentiment d’impunité totale. Elles savent qu’elles peuvent retourner à la guerre à tout moment.
Anna Kuleshova, sociologue indépendante
« Il nous a tous fait bonne impression. Nous étions heureux pour elle », a expliqué Alexandre Sobolev, directeur du centre d’accueil, au média en ligne Kholod. Mais, dès la rentrée, surviennent les premières violences. Elles deviennent ensuite quotidiennes.