Trois femmes chaque jour... La chronique de Pauline Delassus

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.
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Il est 7 heures jeudi quand Laure, 32 ans, sort de son immeuble à Besançon (Doubs), dans le quartier de Prés-de-Vaux. Sur le parking, aux abords de sa voiture, son ex-conjoint l’attend, armé d’une carabine de chasse. L’homme de 34 ans lui tire dessus à deux reprises. Laure s’effondre et meurt en quelques minutes. L’assassin présumé parvient à s’enfuir et à rejoindre son appartement, dans la commune d’Ornans, où il se retranche.
Dépêchés sur place, les policiers du Raid engagent des négociations jusqu’à ce que le suspect se rende, aux alentours de 13 heures. Il est placé en garde à vue pour assassinat. Un énième homicide conjugal, le 84e en 2025 selon le collectif Féminicides par compagnon ou ex, qui ce même jour en recense trois autres. Avec cette fois-ci comme particularité d’avoir été commis par un homme que la police et la justice savaient dangereux.
Deux fois, dans les neuf derniers mois, Laure a déposé plainte contre lui. En février pour atteinte à la vie privée et en octobre pour dégradations sur son véhicule. Prise en charge par la fédération d’associations France Victimes, elle a pu s’entretenir avec un psychologue. Surtout, le 24 octobre, elle s’était vu remettre un dispositif Monshérif pour lui permettre de donner l’alerte en appuyant sur un bouton en cas de danger. Laure avait peur et Laure avait appelé à l’aide. En vain.
Malgré le courage de la jeune femme, l’État a failli, remarquablement. L’homme qui la poursuivait, jusqu’à la tuer, et qu’elle a signalé, avait déjà été condamné à cinq reprises pour des faits de violence, d’infractions routières et de harcèlement moral à l’encontre d’une autre ex-compagne, dont il n’avait pas le droit de s’approcher, a expliqué, penaud, le procureur de la République à Besançon.
En outre, il avait été récemment hospitalisé dans un service psychiatrique après s’être enfermé chez lui le 7 octobre et avoir menacé de se suicider, obligeant le GIGN à intervenir. Récidiviste et mentalement déséquilibré, revendiquant la détention d’une arme à feu – qui n’a pas été retrouvée chez lui lors de l’intervention des forces de l’ordre en octobre, a indiqué le procureur –, l’ex de Laure a été laissé libre, sans même qu’une interdiction d’entrer en contact avec elle soit prononcée.
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Ironie du sort, la mort tragique de la jeune femme, d’autant plus scandaleuse qu’elle aurait pu être évitée, survient le même jour que la publication des chiffres de la mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof). Dans ce rapport annuel, on apprend que chaque jour, en France, plus de trois femmes (3,5 exactement) sont victimes de féminicide conjugal ou de tentative. C’est-à-dire une femme toutes les sept heures.
Il faut lire l’intégralité de l’étude pour comprendre l’effarante réalité : l’an dernier, 107 femmes ont été victimes de féminicides conjugaux ; 270 de tentatives de féminicides, et 906 ont été victimes de harcèlement de leur conjoint ou ex ayant conduit au suicide ou à sa tentative. Laure et les centaines d’autres ne peuvent être réduites à de froides statistiques, pourtant ces chiffres – en hausse sur un an – doivent interpeller. Continuons.
Selon les données de l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du ministère de l’Intérieur qui porte sur 2023, toutes les deux minutes une femme est victime de viol, de tentative de viol ou d’agression sexuelle. Toutes les 23 secondes, une femme subit du harcèlement sexuel, de l’exhibition sexuelle ou l’envoi non sollicité de contenus à caractère sexuel.
Roxana Maracineanu, secrétaire générale de la Miprof, demande une formation renforcée et répétée des professionnels en première ligne. Elle appelle au repérage et au signalement systématiques des violences. Soit. Mais ce sont les moyens financiers, aussi, qui manquent, pour protéger les victimes et faire remonter les « signaux faibles » des maltraitances.
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