Le regard caché par son bob camouflage, Serhii Velychanskyi déambule au milieu du cimetière militaire de Berkovetske, près de Kiev. Dans une forêt de drapeaux jaune et bleu, il s'arrête devant la tombe d'un jeune garçon. « Lui, c'est Anton, soupire l'ancien combattant. Il est parti à la guerre avec son père, qui a été tué lui aussi. Maintenant, ils sont tous les deux enterrés là. » Le vétéran a beau raconter les mines, les bombes au phosphore et les souvenirs de ses huit frères d'armes inhumés ici, il peine à trouver les mots pour décrire le front. « Tout ce qu'on a vécu là-bas, aucun civil ne peut le comprendre », lâche-t‑il.
Le 24 décembre 2024, Serhii a remisé l'uniforme pour raisons médicales. Après trois ans dans l'infanterie, il a dû alors faire face à une nouvelle épreuve : le retour à la vie civile. « Quand tu rentres à la maison et qu'on te demande comment ça va, tu réponds quoi ? Tu parles de tes frères d'armes qui ont été tués il y a deux jours ? Avec nos proches, on ne se comprend plus. Alors tu souris poliment, tu réponds simplement "oui, ça va", et tu t'en vas. »
Comme lui, plus de 1,3 million de ses compatriotes ont déjà acquis le statut de vétéran. Alors que les combats continuent dans l'est du pays et que personne n'attend une issue favorable à la dernière séquence diplomatique lancée par Donald Trump, l'Ukraine devra, une fois la guerre terminée, réintégrer jusqu'à 5 millions d'anciens combattants et leurs familles.