Sur le terrain vague face à la grotte aux Pigeons, célèbre site touristique beyrouthin, les promeneurs faisant des selfies ont laissé place à des familles aux mines défaites. Cinq jours après le début de l’offensive israélienne, ceux qui ont trouvé refuge ici n’ont nulle part d’autre où aller. « Je n’ai que quelques dollars, juste de quoi acheter un peu de nourriture et d’eau pour demain », lâche Ali, 44 ans.
Le père de trois enfants, originaire de Nabatié, prédit : « Cette guerre va être longue. Ça n’annonce rien de bon pour nous. » Comme lui, 454.000 personnes ont dû se déplacer à l’intérieur du Liban depuis lundi 2 mars. Dans des conditions complètement différentes de celles de la guerre de 2024 : « À ce moment-là, les pays du Golfe et les ONG se trouvaient à nos côtés ; ils nous avaient envoyé beaucoup d’aide, déclare Marwan Abboud, le gouverneur de Beyrouth. Maintenant, on manque de tout. »
Au-delà de l’aide qui se fait attendre, l’unité affichée pendant le précédent conflit s’est fissurée. « Les Beyrouthins ne comprennent pas ce que le Sud a vécu ces quinze derniers mois », s’insurge Ali. Malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024 entre le Hezbollah chiite et Israël, l’État hébreu y a en effet poursuivi ses frappes et ses incursions.
Le gouverneur de la capitale évoque lui aussi des tensions : « Avant, il y avait une forme d’unanimité pour accueillir les déplacés. Aujourd’hui, certaines régions refusent de prendre ce risque, de peur de devenir des cibles. » Marwan Abboud a d’ailleurs décidé de ne pas ouvrir d’hébergements d’urgence dans les quartiers réticents à accueillir ces populations, majoritairement chiites.