« Un faux soulagement de la tension locative mais un vrai transfert de précarité sur les locataires » : voilà comment Pierre-Louis Guhur, cofondateur d’Argile, société spécialisée dans la donnée et la rénovation énergétique, analyse le projet du gouvernement d’accorder aux propriétaires de passoires des délais supplémentaires pour faire des travaux.
Les bailleurs, s’ils s’engagent à rénover, obtiendraient trois ans de plus pour les maisons louées et même cinq ans pour les appartements en copropriété. Un assouplissement qui, selon l’exécutif, permettrait de remettre 700.000 logements sur le marché de la location. Or, selon Argile, les effets resteront assez anecdotiques, surtout là où les besoins sont le plus forts.
« La logique de décote perdurera »
Le retour de logements encore classés G (interdits à la location depuis 2025) ne permettrait d’augmenter l’offre à louer que de 1 % à Paris et de moins de 0,6 % dans les grandes métropoles régionales. « À l’inverse, explique Pierre-Louis Guhur, ce sont les locataires les plus modestes qui paieront la facture. Notre étude montre qu’un locataire d’un trois-pièces en G subit un surcoût énergétique de 100 euros par mois comparé au même logement classé E. »
Et les propriétaires de ces passoires ne seront pas forcément gagnants non plus. « Rien ne dit que, lorsque le texte sera débattu, les parlementaires n’ajouteront pas une obligation de réduction des loyers équivalente au surcoût pour les locataires », affirme un spécialiste de la rénovation, qui rappelle d’ailleurs que la loi interdit déjà les augmentations annuelles pour les logements F et G.