L’État face au mur climatique. L’édito de Bruno Jeudy

L'Isère a été placée en vigilance orange canicule par Météo-France dès vendredi 19 juin à midi.
LTD / Photo Anouk Anglade

L'Isère a été placée en vigilance orange canicule par Météo-France dès vendredi 19 juin à midi.
LTD / Photo Anouk Anglade
La canicule que nous subissons depuis une dizaine de jours est déjà historique par sa durée, son intensité et, hélas, sans doute aussi par son bilan humain. Derrière les records de température, une évidence s’impose : la crise climatique est devenue une crise sanitaire. À mesure que le mercure redescend, l’ampleur des dégâts apparaît. Les hôpitaux saturent, les Ehpad suffoquent, les écoles révèlent leur inadaptation à un climat qui n’a plus rien d’exceptionnel. Et voilà que la ministre de la Transition écologique évoque une canicule perlée qui pourrait durer jusqu’au 14 juillet.
Face à ces épisodes toujours plus fréquents et violents, que peut faire l’État ? Il ne peut pas empêcher le thermomètre de grimper. Mais il a le devoir d’anticiper les conséquences d’un réchauffement annoncé depuis des décennies.
Dès 2002, Jacques Chirac mettait en garde : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Vingt-quatre ans plus tard, la maison brûle davantage encore. Et nous continuons trop souvent de regarder ailleurs.
Trois plans nationaux d’adaptation au changement climatique ont pourtant été élaborés depuis 2011. Les réunions de crise se succèdent, les préfets sont mobilisés, les collectivités appelées à la vigilance. Mais cette mécanique administrative ressemble davantage à une gestion de l’urgence qu’à une véritable stratégie.
Les deux derniers épisodes caniculaires ont démontré que le pays n’était pas prêt. Cent millions d’euros sont débloqués pour les hôpitaux, les examens scolaires sont réaménagés, tandis que les élus locaux réclament des moyens et que l’État attend des initiatives des collectivités.
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On se refile la patate chaude : voilà comment la situation pourrait être ironiquement résumée. Pourtant, personne ne peut dire qu’il ne savait pas. Les rapports du Giec décrivent ce scénario depuis des années. En France, nous excellons à commander des rapports, à les commenter… puis à différer les décisions.
Une bonne nouvelle mérite néanmoins d’être relevée. Les climatosceptiques ont quasiment disparu du débat public. L’amnésie semble avoir gagné le RN, qui contestait hier encore le dérèglement climatique, tandis que les émules français de Donald Trump se font discrets. Médias et journalistes ouvertement climatosceptiques sont contraints de la mettre en sourdine. C’est un progrès. Encore faut-il que cette prise de conscience débouche sur des actes.
À l’inverse, les solutions simplistes ne sont guère plus convaincantes. Faire de chaque canicule un prétexte à la surenchère politique ne prépare pas le pays. L’idée d’un congé climatique de cinq jours par an relève davantage du slogan que de la réponse adaptée. Mieux vaut repenser les horaires de travail, adapter les bâtiments, végétaliser les villes et protéger les plus fragiles.
Le maître mot est désormais l’adaptation. Adapter nos écoles, nos hôpitaux, nos Ehpad, nos transports, notre urbanisme. Prévoir, planifier, financer : voilà ce que les Français sont en droit d’attendre de leurs responsables politiques. De la canicule… à la dette, la France a du mal à s’adapter.
Les candidats à la présidentielle auraient tort de considérer le climat comme un sujet parmi d’autres. Il est désormais le cadre de toutes les politiques publiques. Les climatologues le répètent : « On ne négocie pas avec le climat. » Les records de chaleur de 2026 seront la norme dans vingt ans. 2046 paraît encore loin. En réalité, c’est déjà demain.