OPINION. « La rupture éducative puis affective, antichambre de la délinquance », par Driss Aït Youssef, docteur en droit public

Driss Aït Youssef, docteur en droit public
LTD

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Louis, 17 ans, battu à mort ce vendredi 26 juin par un groupe d’individus, est la preuve, s’il en fallait une, qu’une partie de la jeunesse est ivre de violence.
Louis a été victime, selon les premiers éléments de l’enquête, d’un guet-apens mortel commis par cinq individus, dont deux mineurs. Cet acharnement d’une violence extrême met en lumière, une fois de plus, une brutalité totalement débridée et sans pitié chez les mineurs. Ce drame révèle également la précarité d’une partie de cette jeunesse en rupture sociale.
En janvier 2025, Elias, 14 ans, a été agressé à la sortie de son entraînement de football par deux mineurs qui réclamaient son téléphone portable. Il a succombé à ses blessures le lendemain, après avoir été poignardé. En mai 2026, Théo, 11 ans, a été tué par strangulation à l’aide d’une serviette de bain par deux adolescents de 15 et 16 ans. Le motif concernerait, cette fois, des leurres de pêche d’une valeur de quelques dizaines d’euros.
Dans l’autre sens, le 24 juin dernier, c’est un mineur qui a été mis en examen pour tentative de viol et de meurtre sur une femme de 22 ans. Les chiffres impliquant des mineurs, comme victimes ou comme mis en cause d’homicide ou de tentative d’homicide, montrent l’ampleur d’un phénomène pour le moins inquiétant.
Selon les statistiques du ministère de l’Intérieur publiées le 22 mai 2026, les homicides sur mineurs (hors cadre familial) sont stables sur la période 2016-2025, en prenant en considération l’attentat de Nice ayant fait 86 victimes, dont 15 mineurs. En revanche, les tentatives d’homicide visant des mineurs ont connu une dynamique bien différente, avec une hausse de 196 % sur la même période.
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Du point de vue des mis en cause, le nombre de mineurs impliqués dans des homicides est passé de 29 en 2016 à 117 en 2025, soit une hausse de 303 %, quand celui des mis en cause pour tentative d’homicide est passé de 196 en 2016 à 443 en 2025, soit une progression de 126 %. Ces chiffres montrent qu’il existe une partie de la jeunesse qui vit dans un monde ultra-violent où le moindre différend peut conduire à la mort, peu importe sa consistance.
Cette même frange de la jeunesse, qui peut alterner un jour victime, un autre jour auteur, ne finit plus d’effrayer l’opinion publique, en particulier les parents dont les enfants traversent cette période de construction et d’affirmation de soi.
Pour les parents en difficulté, la justice, malgré les critiques, sait prendre le relais en sollicitant la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) ou l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ces structures, qui dépendent du ministère de la Justice pour la première et du conseil départemental pour la seconde, sont dans un état de vétusté qui ne permet pas aux professionnels engagés de réaliser un travail, disons-le, des plus difficiles.
Un rapport sénatorial d’avril 2026 montre que les prises en charge au titre de l’ASE, qui concernent 175.800 bénéficiaires (dont 11.771 de moins de 3 ans) en décembre 2023, ont augmenté de 70 % entre 1998 et 2023.
Plus alarmant encore, la part d’enfants présentant des troubles psychiatriques diagnostiqués parmi ceux pris en charge par l’ASE dépasse 20 % dans de nombreux départements, selon ce même rapport. Or ces enfants, qui cristallisent l’échec des politiques publiques, relèvent d’une prise en charge médico-sociale que les départements, placés en situation d’accueil inconditionnel, ne sont pas en mesure d’assurer faute de structures adaptées.
Les parlementaires s’alarment tout logiquement des enfants maltraités, des difficultés d’insertion dans la vie active et des professionnels épuisés. À cela s’ajoute une étape préalable, la rupture éducative puis affective, souvent considérée comme l’antichambre de la délinquance.
Il semble désormais indiscutable qu’une partie de la jeunesse vit dans la violence la plus extrême… Celle qui permet aux trafiquants de faire fonctionner leurs réseaux, souvent dans la terreur, ou encore celle qui détruit une vie pour un téléphone ou un hameçon.
En définitive, le lynchage à mort d’un adolescent atteint de TDAH, en rupture d’affection, est une souffrance insondable. C’est aussi, pour notre société, l’aveu d’une protection défaillante, faute de moyens. Et un avertissement de plus pour l’avenir, si rien de sérieux n’est engagé.