Pendant longtemps, l’Europe spatiale a incarné une exception : une puissance technologique capable de rivaliser avec les États-Unis, la Russie puis la Chine, grâce à une combinaison unique de coopérations publiques, d’excellence scientifique et d’ambitions industrielles. Les programmes Ariane, Galileo, Copernicus ou les grands satellites de télécoms ont fait de l’Europe un acteur spatial majeur. Mais le paysage spatial mondial s’est profondément modifié depuis le début des années 2020. Il est devenu un terrain de compétition stratégique globale où s’entremêlent enjeux de souveraineté et de défense, influence géopolitique et puissance industrielle.
Très clairement, le spatial a basculé ces dernières années dans des enjeux de puissance, y compris entre pays européens. Face à cette transformation, l’Europe se retrouve sous pression. Peut-elle rester une puissance spatiale dans un monde où l’espace est redevenu un instrument direct de puissance économique, militaire et géopolitique ? En mai 2025, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’espace Philippe Baptiste avait eu une réponse très cash : « Nous sommes en position de décrochage avancé sur la question du spatial sur le plan budgétaire (…). On ne fait pas le poids », avait-il lancé aux sénateurs de la commission des affaires économiques.