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La Tribune DimancheMunicipales 2026

OPINION. « Saint-Denis : Les Insoumis ou les Compromis ? », par Driss Aït Youssef

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

La Tribune Dimanche - Rédaction

Publié le 31 mars 2026 à 09:47

Driss Aït Youssef est docteur en droit public, spécialiste en sécurité globale.

Driss Aït Youssef est docteur en droit public, spécialiste en sécurité globale.

LTD/DR

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

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Bally Bagayoko, nouveau maire insoumis, Saint-Denis–Pierrefitte avait promis de désarmer progressivement la police municipale. Driss Aït Youssef, docteur en droit public, spécialiste en sécurité globale, met en garde contre les effets de cette mesure.

Saint-Denis–Pierrefitte, deuxième ville d’Île-de-France avec près de 150 000 habitants, connaît depuis l’élection de son nouveau maire insoumis, Bally Bagayoko, une situation inédite.

À peine élu, le premier magistrat de la ville a en effet décidé d’engager un désarmement progressif de sa police municipale, jusque-là équipée de lanceurs de balles de défense et d’armes létales de catégorie B. Dans le même temps, il compte imposer un moratoire sur le développement du système de vidéoprotection, qui pourrait à terme conduire à son démantèlement partiel, voire complet.

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On peut reconnaître au maire le mérite de respecter ses engagements de campagne. Encore faut-il s’interroger sur la finalité réelle d’une telle orientation.

D’abord, La France insoumise a pris la mauvaise habitude de systématiser la critique des violences commises par les dépositaires de l’autorité publique, en particulier les policiers nationaux. Cette posture politique tend à installer l’idée que les habitants des quartiers seraient, par principe, les victimes d’une police présentée comme oppressive, brutale, et au service d’un État hostile aux plus modestes.

Pourquoi en irait-il autrement pour les 120 policiers municipaux de la commune ? En réalité, la situation est bien différente. Les policiers municipaux dotés de LBD ne participent pas aux opérations de maintien de l’ordre, notamment lors des manifestations, où les blessures liées à ces armes sont malheureusement les plus souvent évoquées. Dans leur cas, le LBD constitue avant tout une alternative à l’usage de l’arme létale, précisément pour réduire le risque d’un recours plus grave à la force.

Le retrait de cette arme de force intermédiaire apparaît donc comme une première étape qui en appelle vraisemblablement d’autres. Car, au fond, quelle cohérence y aurait-il à supprimer le LBD tout en conservant l’arme de poing, objectivement plus dangereuse ? Le maire peine à rassurer en annonçant que les policiers « auront potentiellement encore des armes à feu » en 2033. 

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Ces premières déclarations produisent déjà ses effets. C’est d’abord dans un souci de protection que certains policiers ont exprimé le souhait de quitter la ville. Chacun sait en effet que les agents déterminent leur affectation non seulement en fonction de la rémunération, mais aussi des moyens de protection qui leur sont accordés. À terme, il pourrait ne plus rester suffisamment d’effectifs pour appliquer les arrêtés municipaux, assurer la tranquillité publique ou participer à la répression des infractions routières. C’est fâcheux quand on sait que de nombreuses affaires de stupéfiants ont été révélées à la faveur de simples contrôles routiers.

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La suppression de fait de la police municipale n’est peut-être pas encore assumée politiquement. Mais elle pourrait bien constituer l’aboutissement d’une stratégie moins avouable. D’ailleurs, Bally Bagayoko reconnaît lui-même la difficulté à recruter des agents lorsqu’aucun armement n’est proposé.

S’agissant ensuite des 850 caméras de vidéoprotection, que personne ne peut sérieusement accuser de « violences policières », le maire souhaite en suspendre le développement afin d’en évaluer l’efficacité. Là encore, cette position interroge. Car ce dispositif n’a pas seulement vocation à prévenir ; il permet aussi d’aider à l’élucidation des infractions et à la conduite des enquêtes judiciaires, notamment dans le démantèlement de réseaux de trafiquants de stupéfiants.

À titre subsidiaire, l’État, qui finance une partie de ces équipements au travers du Fonds interministériel de prévention de la délinquance, pourrait légitimement demander des explications en cas de remise en cause substantielle du dispositif.

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Plus largement, la coproduction de sécurité repose sur un engagement indispensable entre l’État et les collectivités territoriales. Le démantèlement, même progressif ou involontaire, de la police municipale fragilise davantage encore cet édifice déjà précaire, au moment même où les Français attendent un service public de la sécurité à la hauteur des enjeux, dans un contexte de hausse persistante de la délinquance.

En définitive, Bally Bagayoko, dont la victoire a pu constituer une surprise par son ampleur, prend le risque de s’enfermer dans une lecture strictement idéologique de la sécurité. Une lecture profondément insoumise, mais surtout incomprise et déconnectée des besoins concrets des habitants, et en particulier de ceux des quartiers populaires dont il est pourtant issu, qui demeurent les premières victimes des atteintes répétées à l’ordre public et à la tranquillité quotidienne.

La Tribune Dimanche - Rédaction

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