OPINION. « Formation professionnelle : le piège du seul prisme budgétaire », par Claire Pascal, directrice générale de Comundi

Claire Pascal, directrice générale de Comundi, vice-présidente des Acteurs de la Compétence
LTD/DR

Claire Pascal, directrice générale de Comundi, vice-présidente des Acteurs de la Compétence
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Reste à charge du CPF porté à 150 euros, plafonnement à 1.500 euros des certifications du Répertoire spécifique, baisse des aides à l’embauche d’apprentis : depuis dix-huit mois, le débat sur la formation se résume à une politique du rabot. La question de la vision a cédé la place à celle du coût, et à force de vouloir corseter son budget, nous avons perdu de vue l'essence même des enjeux liés à la compétence.
Reconnaissons-le pourtant, la politique « open bar » induite par la loi Avenir professionnel de 2018 a pu entraîner des dérives, des fraudes et un emballement des dépenses qui exigeaient une régulation. Mais elle a eu le mérite de produire ce qu'aucune réforme n'avait permis jusqu’alors : un choc d'offre et une révolution culturelle en faveur de la formation et de l'apprentissage. Elle a aussi permis une prise de conscience : la compétence est un actif périssable, mais indispensable pour maintenir l’employabilité des actifs et la compétitivité des entreprises.
Malgré les mesures récentes, les actifs ont bien conscience des enjeux liés à leur capital compétences. Si le volume de contrats d’apprentissage a connu un recul de 5% en 2025, il demeure près de trois fois supérieur à celui de 2017. Quant au CPF, il reste massivement mobilisé, en particulier par les demandeurs d’emploi qui comptent pour plus d’un tiers des bénéficiaires. La demande de compétence demeure envers et contre tout.
Au cours des derniers mois pourtant, le financement de la formation est devenu une source d’économie potentielle, au détriment d’une réflexion de fond sur une stratégie nationale de la compétence. Mettre fin au « quoi qu’il en coûte » est justifié, mais pas au prix d’une politique de courte vue. Les risques associés à un désinvestissement sont réels : déclassement des actifs et des entreprises, accroissement des fractures sociales, perte de compétitivité pour notre pays. Les économies d'aujourd'hui sont nos gouffres financiers de demain. Et les retards pris seront difficilement rattrapables dans un contexte de concurrence internationale et d'obsolescence exacerbée des compétences, et face à une démographie de plus en plus pénalisante.
Le temps du débat qu'offre la campagne présidentielle doit être employé à bon escient pour bâtir une véritable politique de la compétence. Il faut d’abord préparer les transitions professionnelles, qu’elles soient choisies, ou subies sous l'effet de l'IA. Selon les perspectives de l’emploi de l’OCDE, 27 % des emplois sont exposés à un risque d'automatisation élevé d'ici 2030. Il est donc nécessaire de former le plus grand nombre à son usage et de consolider les voies d’accès vers les métiers d'avenir, au premier rang desquels ceux du geste, du soin et du lien.
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Ensuite, il est urgent de sécuriser l’entrée dans la vie active des jeunes générations, à l’heure où le chômage des 15-24 ans repart à la hausse. Le baromètre Talents 2026 réalisé par Ipsos-BVA est sans appel : près de trois jeunes sur quatre perçoivent l'IA générative comme « une menace », et l’on ne peut pas rester sourd face à cette inquiétude.
Enfin, il faut bâtir un véritable droit à la seconde carrière, à mesure que s'allonge la durée de la vie active. Une formation initiale ne permet plus de couvrir une quarantaine d’années de travail, et le report progressif de l'âge de départ à la retraite rend la question d'autant plus prégnante. Il est temps de relancer une politique ambitieuse de la reconversion choisie pour transformer la deuxième partie de carrière en opportunité plutôt qu'en voie de garage.
Bien sûr, les considérations budgétaires ne peuvent être occultées, au regard de l’état de nos finances publiques. Mais elles ne sauraient être l'alpha et l'oméga de nos choix collectifs. En faire la seule boussole, ce serait passer à côté des défis historiques auxquels nous devons faire face. Il est temps de considérer la compétence comme un enjeu de cohésion sociale et d’indépendance nationale. »