« Foreign Tongues », le retour en majesté des Rolling Stones

Mick Jagger, Keith Richards and Ronnie Wood le 5 mai à New York.
LTD / Kevin Mazur/Getty Images for UMG

Mick Jagger, Keith Richards and Ronnie Wood le 5 mai à New York.
LTD / Kevin Mazur/Getty Images for UMG
Même les plus optimistes n’osaient en rêver. Un nouvel album des Rolling Stones aussi vite, trois ans après Hackney Diamonds, qui marquait leur grand retour créatif après dix-huit ans sans nouvelles chansons. Cette fois, les pierres roulantes ont choisi de battre le fer tant qu’il était encore chaud, conscients qu’à leurs âges avancés le temps relève du luxe comme l’a cruellement rappelé la disparition de Charlie Watts en 2021. Mick Jagger (83 ans le 26 juillet), Keith Richards (82 ans) et Ron Wood (79 ans) ont donc retrouvé le chemin des studios, plus que jamais unis comme l’illustre la pochette du disque, avec ce portrait façon Francis Bacon fusionnant les visages des trois survivants de l’épopée stonienne.
Ils pourraient pourtant se la couler douce après soixante-quatre ans de bons et loyaux sévices à la cause du rock. « Pour moi, tout repose sur le plaisir de jouer », a récemment déclaré Keith Richards, qui, malgré de sérieux problèmes d’arthrose, distille toujours ses riffs rugueux et tranchants.
Comme Hackney Diamonds, Foreign Tongues a été enregistré dans l’urgence, en à peine un mois, aux studios Metropolis à Londres. « Il n’est pas trop grand, ce qui permet de ressentir toute l’énergie et la passion de chacun. Nous nous amusons toujours beaucoup », dixit Mick Jagger. « Ils travaillent à des heures absurdes : après le déjeuner jusqu’à environ 2 heures du matin », a révélé Marlon Richards, le fils de Keith.
Dans une interview récente, le producteur Andrew Watt, déjà aux manettes de Hackney Diamonds, avait promis un album « plus brut, plus live et plus improvisé ». Confirmation à l’écoute de Foreign Tongues, enregistré avec une poignée d’invités prestigieux : le guitarhero Steve Winwood (Traffic) présent sur plusieurs titres, mais aussi Robert Smith de The Cure et Chad Smith (le batteur des Red Hot Chili Peppers). Au menu, 14 chansons dont deux reprises – You Know I’m No Good d’Amy Winehouse et Beautiful Delilah de leur héros Chuck Berry sublimée en version acoustique.
On pourra toujours mégoter sur la faiblesse mélodique de certains titres (Divine Intervention, Never Wanna Lose You, Jealous Lover), mais l’ensemble dégage une énergie contagieuse portée par des rocks abrasifs franchement emballants. Citons Rough and Twisted, l’irrésistible Mr. Charm et son refrain entêtant (« life is too short to waste it »), le puissant Covered in You avec sir Paul McCartney à la basse.
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Sans oublier le tellurique Hit Me in the Head, qui toise la vieillesse ennemie avec une morgue insolente : « I don’t care if I ever die / Give me a song that I can sing », clame un Mick Jagger qui n’a jamais aussi bien chanté. Impérial sur la balade country-folk Ringing Hollow ; poignant dans Back in Your Life, un rock en apesanteur serti d’un solo élégiaque de Ron Wood en hommage à Brian Wilson.
À un journaliste qui le félicitait pour sa voix racée – « on pourrait se croire en 1968 » –, Jagger avait répondu, malicieux : « Je prenais beaucoup plus de drogues en 1968… Le secret, c’est la pratique. » Et la suite ? À défaut d’une tournée mondiale, compromise par la santé de Keith Richards, l’inépuisable frontman assure que ce nouvel album ne sera pas le dernier des Stones. « Au contraire, j’ai encore plein de chansons à écrire. »