RN, le choix d’une ligne. La chronique de Jules Pecnard

La chronique de Jules Pecnard
LTD/DR

La chronique de Jules Pecnard
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Avant la sortie d’un film, il y a l’affiche, le slogan, la bande-annonce. Le script est plus fondamental mais par essence moins visible. Le spectaculaire redressement de Marine Le Pen est doté des trois premiers. Rendue apte par la cour d’appel de Paris, contre toutes les attentes, à briguer la présidence de la République en 2027, la patronne des députés du Rassemblement national a bénéficié d’une de ces ruses de l’Histoire dont sa famille a le secret. Ses équipes ont diffusé un tract en conséquence : photo d’elle avec le sourire lumineux et les bras déployés, et au-dessus, en majuscules, « la renaissance ».
La bande-annonce, c’était sa prestation au 20H de TF1 mardi 7 juillet, au soir. Candidate malgré le risque d’être reconnue définitivement coupable de détournement de fonds publics et de se voir poser un bracelet électronique à quelques mois du premier tour, la fille de Jean-Marie Le Pen a mis en scène sa résilience proverbiale.
Et surtout rappelé la distribution de son péplum : elle s’est préparée au « rôle éminent » de chef de l’État, Jordan Bardella à celui, « non moins éminent », de Premier ministre. Nul rabaissement – c’était leur plan initial – mais une relégation de fait. La députée du Pas-de-Calais aurait pu décider de ne prendre aucun risque et de laisser son poulain, fort d’intentions de vote supérieures aux siennes, se substituer à elle. Ne pas l’avoir fait est un choix politique majeur.
Au-delà de sa propre figure, c’est pour une ligne que Marine Le Pen a ainsi opté. Les cadres du RN ont beau avoir proféré ces derniers mois sur les plateaux de télévision qu’il n’existait, à leur sommet, que des nuances entre deux sensibilités, le parti avançait vers le jugement du 7 juillet de plus en plus parasité par ses débats internes.
Sur la question du financement des retraites, mais aussi de la taxation des multinationales, de l’aide à l’Ukraine ou de l’interdiction du voile dans l’espace public. « Il y a une ambiance de cour, de rumeurs, pestait en juin un poids lourd frontiste instruit par les tâtonnements des élections législatives de 2024. Le RN ne peut pas se faire élire sur “on n’est pas sûrs”. »
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Quelles certitudes déroulera celle qui pourrait être une troisième fois finaliste de la présidentielle ? Là où Jordan Bardella fait naturellement des œillades à l’électorat de la droite libérale et aux représentants du patronat, Marine Le Pen est imprégnée d’un populisme europhobe beaucoup plus défiant à l’égard du « système ».
Une mélodie plus qu’une doctrine : elle-même a rétropédalé sur des fondamentaux comme la peine de mort, le Frexit, la sortie de l’euro ou l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, passé à 62 en 2021. Le RN va continuer, comme il le fait depuis deux ans, à essayer de marier de coûteuses mesures destinées à son socle populaire avec les contraintes du marché et les marges de manœuvre réduites de la France à cause de son endettement.
Le maintien de la cheffe fortifie néanmoins son entourage. Notamment Renaud Labaye, proche conseiller et secrétaire général du groupe à l’Assemblée nationale, ou encore Jean-Philippe Tanguy, omniprésent couteau suisse chargé au RN des questions économiques sur lesquelles les élus du parti se trouvent dépassés face aux médias. Elles sont nombreuses.
D’autres marinistes historiques vont rester audibles, comme le très antisystème Philippe Olivier, eurodéputé et beau-frère de la candidate, ou le clan d’Hénin-Beaumont, incarné par Steeve Briois et Bruno Bilde.
À Liévin samedi, pensant encore être candidat putatif, Jordan Bardella déclarait avoir eu avec ce dernier, confident de sa cheffe, « des hauts et des bas…