OPINION. « La Croix-Rouge ne choisit pas de camp », par Caroline Cross, présidente de la Croix-Rouge française

La présidente de la Croix-Rouge appelle à la libération des otages et l'acheminement de l'aide humanitaire.
LTD/Stéphane Remael

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Il y a deux ans, le 7 octobre 2023, Israël basculait dans l’horreur. Cette date restera pour toujours celle d’otages arrachés à leurs proches et de vies innocentes fauchées en plein jour. Rien ne pourra effacer la souffrance des familles et de tout un peuple en deuil, ni l’angoisse de celles qui attendent depuis deux ans le retour d’un père, d’une sœur, d’un enfant.
Depuis, une autre tragédie se déroule sous nos yeux : celle des Gazaouis, accablés par les bombardements incessants, les déplacements forcés, la mort de dizaines de milliers de civils, dont une grande partie d’enfants. Le 22 août, l’Organisation mondiale de la santé déclarait l’état de famine dans une bande de Gaza ravagée. L’effondrement est total et déchirant alors même que la situation en Cisjordanie s’aggrave.
Au cœur de cette crise humanitaire, chacune de ces pertes est insupportable. Quelle que soit la nationalité, la couleur de peau ou la religion, chaque décès porte atteinte à l’humanité tout entière.
Face à la polarisation des opinions, la neutralité du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est parfois mal comprise. Que l’on ne s’y trompe pas : nos principes ne sont en aucun cas de l’indifférence. Encore moins de la passivité. Ils sont ceux d’une humanité qui ne fait pas de distinction et ils sont la condition même de notre action. Parce que nous ne choisissons pas de camp, nous pouvons dialoguer avec tous, franchir les lignes de front, porter secours et accompagner les libérations d’otages.
Ce dialogue nous permet de rappeler sans cesse aux belligérants que les conventions de Genève et le droit international humanitaire, garants de la dignité humaine en temps de guerre, ne doivent plus être piétinés. Ne pas bombarder les hôpitaux, ne pas prendre d’otages, ne pas cibler les civils ; les garde-fous les plus fondamentaux volent aujourd’hui en éclats.
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À ces tragédies s’ajoute le bilan glaçant des humanitaires tués. L’année 2024 restera la plus meurtrière jamais enregistrée pour les humanitaires : 383 femmes et hommes engagés au cœur des conflits y ont perdu la vie, dont près de la moitié à Gaza. Plus inquiétant encore, rien n’indique que cette hécatombe ralentisse cette année. Pourtant, chaque ligne rouge franchie fragilise un peu plus la perspective d’une paix durable.
En ce triste anniversaire, nous réitérons avec la même insistance depuis le 7 octobre 2023, notre appel à une libération inconditionnelle des otages et à un acheminement sans entrave de l’aide humanitaire à Gaza, dans un contexte où nos collègues du Comité international de la Croix-Rouge ont dû récemment suspendre leurs activités dans la ville de Gaza pour protéger leurs équipes.
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Nous en appelons au courage collectif de toutes les parties prenantes pour défendre celles et ceux qui s’efforcent de garder la tête froide, qui mènent une mission silencieuse et courageuse, qui perpétuent une vocation aussi ancienne que l’humanité elle-même : celle de venir en aide. Et nous demandons, par-dessus tout, l’arrêt des hostilités.
Tant que les combats et les bombardements se poursuivent, aucune aide et aucun secours ne suffiront. Seule la fin des violences peut rouvrir un chemin vers la dignité et vers la paix.
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