Karim Bouamrane, maire (PS) de Saint-Ouen : « Je hisserai les drapeaux de la Palestine, d’Israël et de la France »
Propos recueillis par Jules Pecnard

Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen.
LTD / Julien Daniel / MYOP
Propos recueillis par Jules Pecnard

Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen.
LTD / Julien Daniel / MYOP
LA TRIBUNE DIMANCHE — Quel jugement portez-vous sur l'initiative d'Emmanuel Macron ?
KARIM BOUAMRANE — Je suis heureux et enfin rassuré. J'ai fait mes gammes aux Jeunes communistes pour la libération de Nelson Mandela, et je milite depuis mes 15 ans pour la reconnaissance d'un État palestinien. Ce moment fort ne doit pas, néanmoins, nous empêcher de combattre la politique génocidaire et colonialiste du gouvernement d'Israël, incarnée par Benyamin Netanyahou et l'extrême droite israélienne. Je l'ai toujours dénoncée, tout en appelant à la libération des otages détenus par le Hamas. C'est la condition de la paix, et c'est pourquoi j'ai choisi de hisser lundi (22/09), sur le fronton de ma mairie, le drapeau palestinien avec en dessous les drapeaux de la France, de l'Union européenne, de l'ONU, d'Israël et de la paix.
Olivier Faure a appelé les maires à hisser le 22 septembre le seul drapeau palestinien. Comment avez-vous interprété la démarche de votre premier secrétaire ?
Sa déclaration, sur la forme, a été inappropriée et maladroite. Sur un sujet qui porte une charge émotionnelle aussi forte, un responsable de parti se doit de consulter les maires de son camp.
Le député PS Jérôme Guedj accuse Olivier Faure d'avoir créé un « malaise » au sein de la communauté juive...
Je ne comprends pas la position de Jérôme. À terme, la communauté juive de France devra assumer que le drapeau palestinien n'est pas synonyme de volonté de destruction d'Israël. Au même titre qu'une partie de nos militants doit comprendre que le mot « Israël » n'est ni tabou ni associé à la politique de M. Netanyahou.
La question palestinienne anime la gauche militante depuis les années 1970. Quel tournant ce phénomène a-t‑il pris depuis le pogrom du 7 octobre 2023 ?
Je n'ai pas attendu La France insoumise et ses outrances pour caler mes positions. Il y a en Palestine des militants qui se battent pour une reconnaissance de leur État comme il y a des militants israéliens qui se battent pour la paix et la destitution de M. Netanyahou. Si on refuse d'admettre ces deux militantismes pacifistes, on aboutit à un clivage spécieux et destructeur qui ethnicise les antagonismes dans nos quartiers. En clair, qui monte le musulman et le Juif l'un contre l'autre.
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Comment se traduit la question palestinienne à Saint-Ouen ?
Quand j'ai été élu maire en 2020, ceux qui me parlaient de ce sujet étaient de ma génération, qui a connu Yasser Arafat, Abou Nidal, les accords d'Oslo, etc. Les milléniaux n'ont pas vécu tout cela, ils m'ont surtout parlé d'éducation, de logement et de santé. Nos jeunes issus de l'immigration arabo-musulmane ou africaine ne sont pas éduqués avec une culture antisémite ; il y a eu une augmentation du nombre d'actes antisémites, oui, mais nourrie par une instrumentalisation, dans le débat politique, de ce qui est perpétré par le génocide à Gaza. C'est là où le Hamas et Netanyahou ont réussi leur coup, comme par un échange de bons procédés : l'un est sous la perfusion du génocide, l'autre des otages et des 1 200 morts du pogrom.
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Propos recueillis par Jules Pecnard