Premier ministre de l'État hébreu de 2006 à 2009, adversaire déclaré de Benyamin Netanyahou, Ehoud Olmert revient pour La Tribune Dimanche sur les enjeux de la reconnaissance de la Palestine par la France.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Approuvez-vous l'initiative d'Emmanuel Macron de reconnaître la Palestine ?
EHOUD OLMERT - J'ai toujours été engagé en faveur d'une solution à deux États. Me vient tout de même une question : la reconnaissance d'un État qui n'existe pas est-elle plus constructive qu'un effort de la communauté internationale pour forcer les dirigeants israéliens et palestiniens à s'asseoir autour d'une table et mener un dialogue qui contribuerait à la création d'un État palestinien dans le cadre d'une solution globale ? Je n'ai pas vraiment la réponse et, par conséquent, j'estime que cette initiative franco-saoudienne est un pas qui va dans la bonne direction.
Cette reconnaissance ne va-t-elle pas pousser le gouvernement israélien à accélérer l'annexion de la Cisjordanie ?
C'est possible et c'est pour cela que je me demande si cette mesure est pertinente. Mais je ne suggère à personne d'agir en fonction des menaces brandies par Benyamin Netanyahou, que ce soit en Israël ou en dehors du pays. Netanyahou ne devrait pas être en position de force mais plutôt faire l'objet de pressions internationales pour changer de politique.
Le Premier ministre israélien affirme aujourd'hui ne pas vouloir d'un État palestinien. Il n'a pas toujours défendu cette position. Comment expliquer cette évolution ?
Je connais Netanyahou depuis quarante ans et je peux affirmer qu'il n'a jamais eu de principes, de convictions ni de croyances profondes sur ce qui devait être fait. Il est dénué de tout engagement moral ou politique, sauf quand cela concerne sa personne ou sa famille.
Propos recueillis par Antoine Malo