Anne-Cecile Mailfert, présidente d'Osez le féminisme et de la Fondation de femmes dénonce l'inaction de l'État en matière de lutte contre les agressions sexistes et sexuelles.
Alors que les affaires Pelicot, Le Scouarnec et les récentes agressions dénoncées à l’école Alphonse-Baudin ont remis en lumière l’ampleur des violences sexistes et sexuelles en France, Anne-Cécile Mailfert dénonce l’inaction du camp présidentiel.
Il se fait tard. À mesure que l’élection présidentielle approche, Emmanuel Macron a promis de faire de 2026 une « année utile ». Mais utile pour qui ? Car pendant que les politiques débattent de tout, les victimes de violences sexistes et sexuelles continuent, elles, de crier dans le vide. Dans les écoles, dans les familles, dans le sport, au travail dans le monde du spectacle ou les églises. Et face à elles, l’inaction des pouvoirs publics est devenue désespérante.
Depuis longtemps déjà la « grande cause » du premier quinquennat semble avoir disparu des radars gouvernementaux. Depuis sa nomination à Matignon, le Premier ministre n’a jamais porté de parole forte sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Pas de mobilisation nationale. Pas de plan d’ampleur. Pas de cap.
Comme si le premier sujet de sécurité pour les femmes et les enfants de ce pays n’était plus une priorité politique. Pourtant, neuf ans après MeToo, les révélations ne faiblissent pas. L’affaire Pelicot comme le procès de Manosque cette semaine ont mis au jour l’ampleur de la culture du viol jusque dans le couple, et la complicité des agresseurs entre eux. L’affaire Le Scouarnec a révélé les défaillances systémiques dans la protection des enfants.
Les scandales dans les établissements scolaires montrent combien les institutions censées protéger nos enfants préfèrent encore trop souvent protéger les adultes agresseurs. Et les récentes accusations visant Patrick Bruel rappellent une vérité persistante : la notoriété reste encore, trop souvent, un bouclier.
[Les associations] sont devenues, dans bien des endroits, la dernière boussole morale d’un État qui refuse de regarder les violences sexuelles en face. Et qu’on ne dise pas que les solutions n’existent pas.
Face à cela, c’est tout un système qui résiste au changement. Une justice qui classe sans suite. Des policiers qui n’ont pas le temps d’enquêter. Et des budgets rabotés qui, partout sur le territoire, menacent des associations menacées qui tiennent littéralement le pays à bout de bras.
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Ce sont elles qui répondent au téléphone la nuit. Elles qui trouvent des hébergements d’urgence. Elles qui accompagnent les enfants victimes. Elles qui forment, préviennent, réparent. Elles sont devenues, dans bien des endroits, la dernière boussole morale d’un État qui refuse de regarder les violences sexuelles en face. Et qu’on ne dise pas que les solutions n’existent pas.
Depuis des années, les associations féministes travaillent, documentent, proposent. Une coalition de plus de 150 associations et ONG a porté 140 mesures concrètes de prévention, protection, justice et réparation. En réponse, une proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles, soutenue par 113 parlementaires, a été déposée à l’Assemblée nationale dès novembre 2025, et Yaël Braun-Pivet s’est déclarée favorable à son examen.
Mais côté Premier ministre ou président, c’est silence radio. Alors on attend. Pourtant la société ne demande que cela. Selon les enquêtes d’opinion, plus de huit Français sur dix soutiennent l’adoption de cette loi intégrale contre les violences sexuelles. Plus de 110.000 personnes ont déjà signé la pétition portée par notre coalition.
En France, les victimes [de VSS] ont reçu pour seule réponse le mépris des politiques et les classements sans suite.
Le garde des Sceaux s’est récemment prononcé en faveur de l’imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur mineurs. Cette avancée est importante. Mais chacun sait qu’elle ne suffira pas. Car les violences sexuelles ne se combattent pas par une mesure choc, un changement dans le Code pénal, des réponses fragmentées, symboliques ou dictées par l’émotion médiatique du moment. Elles exigent une politique publique globale, cohérente, durable et financée menée par des ministres mobilisés. Bref, une loi intégrale.
Bientôt dix ans après MeToo, de nombreux pays ont réformé leur justice, renforcé leurs budgets, transformé leurs institutions. En France, les victimes ont reçu pour seule réponse le mépris des politiques et les classements sans suite. Parce qu’il ne manque plus ni les constats, ni les preuves, ni les solutions. Ce qui manque désormais, c’est une boussole politique et la volonté d’agir. Les futures victimes n’ont plus le temps d’attendre.