Christophe Bouillon, président de l’association des petites villes : « Statut de l’élu : il faut que le texte soit voté en urgence »

Christophe Bouillon à Paris, le 17 septembre.
LTD/Lafargue Raphael/ABACA

Christophe Bouillon à Paris, le 17 septembre.
LTD/Lafargue Raphael/ABACA
LA TRIBUNE DIMANCHE — Comment avez-vous perçu la lettre de Sébastien Lecornu adressée aux maires de France ?
CHRISTOPHE BOUILLON — L’intention est bonne. C'est toujours positif de se tourner vers les élus pour leur demander leur avis, mais j’ai tout de même quelques interrogations. D’abord sur le calendrier. Le Premier ministre évoque un projet avant les municipales. Or, chacun sait que le processus de vote des lois est assez lent. Cet objectif semble donc assez peu vraisemblable. La prochaine présidentielle semble être une échéance plus réaliste. La deuxième interrogation, c’est qu’avec la composition actuelle de l’Assemblée, on peut se demander si tout cela n’est pas vain. On nous demande de rendre une copie avant le 31 octobre mais on sait que l’on risque de voir nos espoirs douchés. La dernière interrogation, c’est la question budgétaire. Beaucoup d’élus sont inquiets de devoir boucler leur budget sans savoir si leurs prérogatives seront élargies. Déclarer sa flamme aux élus, ça va toujours dans le bon sens, mais encore faut-il que le financement suive. Or aujourd’hui, beaucoup de collectivités sont à l’os. Une décentralisation sans nouveaux moyens, c’est impossible.
Comme David Lisnard, vous considérez donc que ces annonces sont de la poudre aux yeux ?
On se dit qu’on ne peut pas se dessaisir de ce sujet, puisqu’à notre sens, cette décentralisation est essentielle. Ce dont on ne veut pas, c’est donner le sentiment que les règles changent en permanence. Le Premier ministre a été ministre des collectivités territoriales. Il avait lui même déclaré que la loi NOTRe était un irritant et qu’il ne fallait pas donner le sentiment que les règles changent tous les matins. C’est pour cette raison que nous sommes plutôt favorables à l'achèvement du processus de décentralisation.
Quelles nouvelles prérogatives souhaiteriez-vous avoir ?
Principalement des prérogatives sur le logement, la santé et l’éducation. La santé est sans doute le sujet le plus centralisé aujourd’hui. Les rapports sont toujours difficiles entre les ARS toutes puissantes et les élus locaux qui apprennent parfois les décisions dans la presse. Il est urgent de rétablir la confiance. Sur le logement, on voit aussi que les difficultés sont immenses. Il faut sans doute repenser nos compétences. Et sur l’éducation, les collectivités sont de plus en plus mises à contribution. Il faut mieux nous inclure dans les décisions pour rétablir le lien entre les élus locaux et le Ministère de l’Education.
En moyenne, un maire démissionne chaque jour depuis 2020. L’évolution du statut d’élu relancé par le Premier ministre induit une amélioration de la rémunération, l’allongement de la durée du congé électif, des mesures pour aider à concilier l'exercice du mandat avec la poursuite d'une activité professionnelle. Ce n’est pas suffisant ?
Sur le statut de l’élu, c’est une arlésienne. Ça fait des années qu’on le réclame. La proposition de loi de Françoise Gatel a été votée à l’Assemblée cet été. Mais le processus s’est à nouveau arrêté. Ça devient un supplice aujourd’hui. Je lance un appel au Premier ministre pour que ce texte soit inscrit urgemment au Parlement. Je lance aussi un appel aux parlementaires de tous les groupes politiques pour envoyer un signal positif avant les municipales pour motiver l’engagement.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Quels sont les principaux freins à l’engagement aujourd’hui ?
On voit bien aujourd’hui que le problème ne réside pas dans un désintérêt.
À lire également
Simplement quand les gens découvrent les conditions d'exercice du mandat ils se motivent. Et c’est dommage, c’est important d’avoir des élus qui reflètent la société. Aujourd’hui, 45 % des maires sont des retraités et seulement 1 maire sur 5 et une femme. Le nombre de maires de moins de 30 ans a considérablement diminué depuis les années 80. Il faut un sursaut. C’est pour ça que nous militons depuis des années pour qu’une distinction soit faite en fonction de la taille de la ville. Ce qui pourrait également faciliter l’entrée dans un mandat, c’est paradoxalement le sujet de la sortie grâce à la validation d'acquis ou la formation... Il faut prendre le texte Gatel tel qu’il est parce qu’il a le mérite d’exister, qu’il prend en considération un certain nombre de nos propositions et qu’il nous permet d’aller vite maintenant qu’il a été validé dans ces termes à l’Assemblée nationale, mais il faut que ce vote intervienne avant les élections de mars.