Derrière ce bouleversement démographique, pas de recette miracle mais une part de hasard, les progrès de toute une société et, souvent, une envie de rester dans le monde.À 102 ans, Jean Raindre s’est mis en tête de remplacer sa chevalière égarée. Ses doigts ont maigri, le bijou n’a rien d’indispensable, mais le projet, lui, compte. « Il était content d’avoir quelque chose de nouveau à organiser », sourit sa petite-fille, Isaure de Nanteuil. À 90 ans, déjà, le retraité avait fait refaire sa cuisine. Bien plus tôt, il avait pratiqué le ski, roulé à moto jusqu’à plus de 80 ans et restauré le château de Maintenon en Eure-et-Loir.
Aujourd’hui, le corps ne suit plus. Jean Raindre est alité depuis plus d’un an chez lui. Mais il reconnaît les siens et conserve « toute sa tête ». « Je pense que ce qui l’a maintenu, en plus d’une santé de fer, c’est sa jeunesse d’esprit et sa curiosité, raconte sa petite-fille. Il n’était jamais tourné vers le passé. Il avait toujours un nouveau projet. » Est-ce donc cela, le secret ? La curiosité, les projets, une nourriture simple, beaucoup d’activité ? Le démographe Jean-Marie Robine coupe court : « Cela n’a rien à voir avec des secrets. »
Directeur de recherche émérite à l’Inserm et spécialiste de la longévité extrême, Jean-Marie Robine observe les centenaires depuis plus de trente ans. Au 1er janvier 2026, la France comptait environ 37.000 personnes de 100 ans ou plus : 32.000 femmes et 5.000 hommes. Elles n’étaient qu’environ 200 en 1950, un peu plus de 1.000 en 1970 et 8.000 en 2000. Sur le temps long, leur effectif a presque doublé tous les dix ans. « Si on continue sur cette lancée, on pourrait atteindre 50.000 centenaires en France dès 2030 », explique Jean-Marie Robine.