LA TRIBUNE DIMANCHE – Le futur président pourra-t-il prétendre rassembler tous les Français dans une société qui semble de plus en plus divisée ?
RAPHAËL LLORCA – Comme l’avait bien montré le politiste Raoul Girardet, l’unité est l’un des grands mythes structurants de l’imaginaire politique français. Depuis au moins Louis XI, on attend de notre gouvernant qu’il parvienne à maîtriser les forces centrifuges qui menacent de nous diviser. Pour une nation qui s’est historiquement construite sur l’idée d’être une et indivisible, toute fracture du corps social et politique est vécue comme un signe de danger voire d’effondrement. Dans un moment où la perception de nos divisions n’a jamais été aussi forte, la figure d’un président pacificateur suscite donc des attentes très fortes. Le contraste est saisissant avec la conflictualisation constante et croissante du débat public.
Devra-t-il tenter de dépasser les clivages politiques ?
La question est de savoir s’il existe encore un potentiel électoral pour une candidature qui prône ce fameux dépassement. La grande promesse d’Emmanuel Macron en 2017, qui consistait à vouloir prendre le meilleur de la droite et de la gauche, n’a pas eu les effets escomptés. Le macronisme a sans doute durablement plombé les discours appelant au dépassement des clivages : on a déjà donné pour voir ! Par ailleurs, il me semble que l’une des conséquences de la dissolution est d’avoir réinstallé l’affrontement entre la droite et la gauche, poussées par les extrêmes des deux bords. La polarisation politique a cassé la petite musique qui disait que la droite et la gauche c’était la même chose… La campagne présidentielle qui s’ouvre annonce le grand retour des affrontements idéologiques.