Des familles françaises frappées par la violence liée au trafic de drogue font chaque année le voyage en Italie à la rencontre d’autres vies brisées par la violence mafieuse.En Italie, près d’un millier d’innocents sont tombés sous les balles des guerres entre mafieux : des magistrats – dont les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino –, des carabiniers, des avocats, des prêtres, mais aussi des hommes, des femmes, des enfants. Ici, personne n’oublie ces morts. Le pays commémore les « vittime innocenti delle mafie », les victimes innocentes de la mafia, dans le cadre d’un vaste dispositif de lutte citoyenne contre le crime organisé. Marquée par des décennies de larmes et de sang, l’Italie s’est peu à peu affranchie d’une omerta longtemps étouffante.
Ce combat a été mené par Libera, fondée en mars 1995 sous l’impulsion du prêtre Luigi Ciotti. Grâce à un réseau associatif puissant qui rassemble plus de 300 organisations, Libera a contribué à faire bouger les lignes et à réveiller les consciences. Les Italiens lui doivent l’adoption de leur loi sur la confiscation des biens mafieux et leur réutilisation à des fins sociales : lieux d’accueil, établissements scolaires, fermes pédagogiques. Tous les ans, à l’aube du printemps, saison symbolique de renaissance, la mémoire des disparus est ravivée.
En France, des associations et des collectifs de victimes se sont également structurés pour lutter contre le narcotrafic. À l’initiative des organisations antimafia Crim’Halt et DeMains Libres, plusieurs structures marseillaises sont engagées, dont Conscience, fondée par Amine Kessaci – devenu l’un des visages de la lutte – ainsi que le Collectif des familles de victimes, porté par des parents endeuillés.