Sabrina Roubache, ministre de l’Enseignement sur le CPF : « Une formation ne doit pas être une lubie »
La nouvelle ministre assume le recentrage des financements, la régulation accrue du système et l’amplification des contrôles. Une seule ligne, celle qui doit mener à l’emploi.
Sabrina Roubache, ministre déléguée auprès du ministre du Travail et des Solidarités et du ministre de l'Éducation nationale, chargée de l'Enseignement, et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage.
Sabrina Roubache, ministre de l’Enseignement sur le CPF : « Une formation ne doit pas être une lubie »
Elle a été intronisée le 26 février, le même jour que le CPF new look. Sabrina Roubache (Renaissance) était revenue à la vie civile, en tant qu'entrepreneuse, après avoir été Secrétaire d’État chargée de la Ville, puis de la Citoyenneté. Rattachée à Jean-Pierre Farandou (Travail), et à Édouard Geffray (Éducation nationale), la voilà ministre déléguée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, un titre qui avait disparu du premier gouvernement Lecornu. Elle détaille ses orientations.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Dans quelle mesure la réduction des crédits va-t-elle impacter votre action ? SABRINA ROUBACHE – En 2023, tout juste nommée ministre de la Ville, j’avais dit que la politique du chéquier était finie. Et nous n’étions pas dans un cadre de discipline budgétaire tel qu’aujourd’hui. Or, il ne s’agit pas de coupes à la serpe. On module. Quand on lance une politique publique de grande ampleur comme sur l'apprentissage, et que l’on passe de 300 000 apprentis à plus d’un million, cela signifie que le dispositif a fonctionné. Pour l’embauche d’un apprenti de niveau bac et infra-bac, le montant de l’aide est inchangé : 5 000 euros pour les entreprises qui emploient moins de 250 salariés et 2 000 euros pour les entreprises de plus de 250 salariés. Mais tout chef d'entreprise, dès lors qu’il a besoin de créer de la compétence, va continuer à investir sur les apprentis. Car le regard sur l’apprentissage, désormais perçu comme une voie d’excellence, a changé. Enfin, pour les personnes en situation de handicap, aucun changement.
Quels sont les chantiers que vous comptez mener ? Ma priorité est de poursuivre la transformation de la carte des formations professionnelles pour garantir une adéquation parfaite avec les réalités de nos bassins d'emploi. Mon objectif est d’aligner l'offre de compétences sur les besoins de recrutement de nos entreprises. Je lance aussi un conseil national de la refondation dédié aux diplômes professionnels afin de les moderniser pour qu'ils reflètent les métiers d'avenir et les secteurs en tension. Ma volonté est de rendre nos formations plus lisibles et plus attractives pour toutes les générations.
S’agissant du compte personnel de formation (CPF), sujet à des restrictions, quel est le mot d’ordre ? Le Compte personnel de formation est un outil central de notre politique de développement des compétences, parce qu’il donne à chacun la capacité d’agir sur son parcours professionnel. La priorité du gouvernement est aujourd’hui de consolider ce dispositif, en garantissant à la fois sa soutenabilité financière et son efficacité. Cela passe par une meilleure orientation des financements vers les formations les plus qualifiantes et les plus utiles à l’économie, tout en maintenant un accès simple et direct pour les actifs. L’enjeu est clair : faire du CPF un levier encore plus puissant d’employabilité, d’adaptation aux mutations économiques et de sécurisation des parcours professionnels.
L’enjeu est clair : faire du CPF un levier encore plus puissant d’employabilité
Est-ce encore amené à évoluer ? Oui, dans la continuité. Le CPF est un dispositif vivant qui s’adapte aux besoins de la société. Les dynamiques engagées s’inscrivent dans une régulation plus stricte et un partage des coûts renforcé avec les employeurs. Il s’agit aussi de mesurer la qualité des formations et leur pertinence territoriale. Il est aberrant de multiplier les formations en hôtellerie-restauration là où il n'y a aucun flux touristique. En parallèle, on a aussi amplifié les contrôles. À ceux qui s'en plaignent, je réponds avec fermeté : « Je suis désolée, il y a beaucoup trop de fraudes ! »
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Si la formation continue doit être synonyme d’emploi direct, dans une logique de résultat immédiat, quid des notions d’épanouissement personnel et de projet professionnel de long terme ? La formation professionnelle est une chance, un véritable projet de vie qui doit évidemment s’appuyer sur une envie. Je sais de quoi je parle, j’ai choisi le cinéma par passion alors que mes parents voulaient que je fasse du droit. Mais une formation ne doit pas être une lubie. L'Éducation nationale forme des citoyens éclairés, et ma mission est de faire en sorte que chacun puisse aussi, par un métier qu'il a choisi, vivre de ce travail. L’Éducation nationale forme des citoyens éclairés, ma mission est de former des citoyens capables de subvenir à leurs besoins et de payer leur loyer. Je viens d’un milieu ouvrier et je côtoie aujourd'hui des amis riches, je ne sais pas où l’on est le plus heureux, mais je sais qu'exercer un métier que l’on aime est la clé.
Avant la politique, avez-vous bénéficié de formations au fil de votre parcours professionnel ? Oui, en 2013, via le CIF [Congé individuel de formation, en vigueur jusqu’en 2018]. J’avais 36 ans, j’allais créer ma boîte et la série Marseille se profilait. C’était un énorme projet sur lequel j’allais travailler en production exécutive. J’ai décidé de me perfectionner en anglais pour mieux appréhender l’arrivée de Netflix et être au niveau face à leurs représentants.
Avez-vous le sentiment que les entreprises sont globalement restées indifférentes au CPF tel qu’il était conçu jusqu’ici, voire qu’elles le subissaient ? Il y des entreprises et des secteurs qui se sont complètement appropriés le CPF, d'autres beaucoup moins. On aurait pu leur en faire le procès, sauf que cela s’appelle Compte « personnel » de formation, cela relève donc, en premier lieu, de choix individuels.
À ceux qui s'en plaignent, je réponds avec fermeté : « Je suis désolée, il y a beaucoup trop de fraudes ! »
Comprenez-vous que les nouvelles mesures soient perçues comme avantageuses pour les entreprises, tandis que les salariés sont passablement contraints ? La réalité de ce dispositif, c’est sa finalité : l'emploi. Qui crée l'emploi ? Les boîtes. Qui le fait vivre ? Les salariés. Il est donc fondamental que les entreprises soient davantage impliquées pour exprimer leurs besoins en compétences. Nous ne dénaturons pas le CPF, nous le rééquilibrons. Le procès que l'on nous fait est factuellement faux.
Derrière la philosophie, il y a aussi l’enveloppe, avec des restes à charge pour les salariés en sensible augmentation. Ne risque-t-on pas de tendre vers un système plus inégalitaire, qui ferait surtout la part belle aux CSP+ ? La formation est un contrat de responsabilité entre le formateur et le formé. Pour certains, tout ce qui est gratuit n'a pas de valeur. Quand on participe, même symboliquement, on est plus assidu. Ensuite, de quel reste à charge parlons-nous ? Je vous donne un exemple, celui dont me parlait ma coiffeuse à propos de son époux. Il a 40 ans, il vient du secteur du bâtiment et a fait une formation de chauffeur VSL (transport sanitaire). Elle coûtait 5 000 euros. Son reste à charge a été de 300 euros. Cela me semble raisonnable.
Le cadre reste-t-il propice aux personnes désireuses d’opérer une reconversion radicale ? Il s’agit simplement d’élever le niveau d’exigence de chacun. Et de démontrer sa capacité à s’engager dans la reconversion à laquelle on prétend. C’est le minimum, non ? Et puis il y a des dispositifs importants qui facilitent ce cheminement, comme les CDD de reconversion (en vigueur depuis le 1er janvier). Cela fait partie de ma feuille de route de les faire connaître.