« Ce qui le rend si spécial, c’est sa mentalité » : Michael Olise, le joueur cinq étoiles de la Coupe du monde

Michael Olise au stade Pierre Mauroy, à Villeneuve-d'Ascq, le 8 juin 2026.
LTD/JEAN-BAPTISTE AUTISSIER/PRESSE SPORTS

Michael Olise au stade Pierre Mauroy, à Villeneuve-d'Ascq, le 8 juin 2026.
LTD/JEAN-BAPTISTE AUTISSIER/PRESSE SPORTS
La durée des arrêts maladie sera limitée à partir du 1er septembre
Riches, pauvres, familles, travailleurs : les gagnants et les perdants du budget 2026
Classement des masters en finance du « Financial Times » : l’ESCP reste n° 1, la France place cinq écoles dans le top 8
« Le statu quo n'est économiquement pas tenable » : les dépassements d'honoraires des médecins vont-ils être supprimés ?
Bilan de la guerre contre l’Iran : 2 000 milliards envolés, l’Europe décroche, la Chine amortit
Ce rapport de l'IPP qui bouscule les certitudes sur le déficit de l'État
Préalable : avoir une attaque de feu ne prémunit pas du fiasco. Roger Lemerre peut en témoigner, ses Bleus n’avaient pas passé le premier tour du Mondial 2002 avec les meilleurs buteurs de Premier League (Thierry Henry), de Division 1 (Djibril Cissé) et de Serie A (David Trezeguet). Cela posé, l’équipe de France de Didier Deschamps attaque la Coupe du monde, mardi contre le Sénégal à New York, avec trois candidats au Ballon d’or devant.
Il y a le sortant, Ousmane Dembélé, qui a pris date avec le « back 2 back » du PSG. Il y a l’éternel postulant, Kylian Mbappé, qui arrive sur son terrain d’expression préféré. Et il y a donc l’ovni Michael Olise. Un coup d’œil dans le rétro ramène toujours à la même conclusion le concernant : il est « différent ». L’occasion de zoomer sur ce qui le rapproche des autres, lui qui n’aime pas se comparer.
Il y a huit ans, avant de faire ses premiers pas à la Coupe du monde, Kylian Mbappé chiffrait 15 sélections et quatre buts. En Russie, sur la plus grande scène internationale, il s’était imposé comme la superstar qu’il promettait d’être. Michael Olise a atterri aux États-Unis avec deux sélections et trois buts de plus au compteur – ceux inscrits contre l’Irlande du Nord lundi (3-1) – mais des attentes similaires. « C’est le joueur que j’ai le plus hâte de voir évoluer à ce niveau », a chroniqué Gaël Clichy pour la BBC.
L’ex-latéral tricolore l’a déjà vu de près dans un tournoi international : il était l’adjoint de Thierry Henry au sein de la sélection olympique à Paris 2024, battue en finale par l’Espagne. Il se disait alors que « ça aurait pu être son moment », il imagine aujourd’hui que ça le sera. Depuis, Olise a rejoint le Bayern Munich et l’équipe de France. Il en est devenu le facteur X. Décisif à 106 reprises en 124 apparitions. À l’altitude de Mbappé. Leurs trajectoires n’ont, évidemment, rien en commun : l’un a été programmé pour régner et a filé tout droit, champion du monde à 19 ans ; l’autre a pris des itinéraires bis pour découvrir le Mondial à 24 ans.
Daniel Coker a été un des tout premiers témoins. Cet éducateur a entraîné Michael Olise lorsqu’il était à l’école primaire Dr Triplett de Hayes, dans l’Ouest londonien. Et, dans The Athletic, il s’est montré formel : « Il a toujours fait ça. » Ça ? Repiquer dans l’axe, feinter – une fois, deux fois, trois fois si nécessaire – et enrouler du gauche dans la lucarne opposée. Son mouvement signature a été vu, revu, re-revu, et pourtant il continue de fonctionner. Encore lundi, sur son troisième but. La spéciale du Néerlandais Arjen Robben revisitée.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Son prédécesseur dans le couloir droit du Bayern avait aussi cette façon de désemparer les défenses adverses, qui savaient pourtant parfaitement ce qui les attendait. Olise y ajoute la limpidité de la frappe et une capacité à varier les plaisirs en matière de dribbles pleine vitesse. Lancé, il est le joueur le plus décisif. Fluide, délié. Dans sa bouche : « A l’instinct. » Assez créatif pour évoluer meneur de jeu, la position que Didier Deschamps lui a majoritairement assignée jusqu’à lundi.
Sur un mollet, Michael Olise a fait tatouer kaizen en japonais et cette philosophie lui parle : s’améliorer chaque jour, petit à petit. Jeune, il excellait dans à peu près toutes les disciplines pratiquées : cross-country, 400 mètres, cricket (son père a été international nigérian), ping-pong… Évidemment, c’est en foot qu’il épatait la galerie. Non conservé par l’académie de Chelsea à 14 ans, il a dû repartir d’en bas, et rebondir en 2017 à Reading (Championship). Avec l’arrogance du joueur rare balle au pied, mais assez de caractère pour assumer.
À Munich, il a encore franchi un cap dans un environnement consacré à la performance. Il a continué à « travailler dur », a noté le serial scoreur anglais Harry Kane. « Ce qui rend Michael si spécial, c’est sa mentalité », a confié son entraîneur Vincent Kompany, le comparant à son compatriote Kevin De Bruyne, qui a lui aussi eu une formation chaotique. « J’ai la sensation de voir un petit Kevin, a précisé le technicien belge. Ce qui agace Michael à l’entraînement, ce qu’il exige, les détails de sa dernière passe, ce qu’il fait quand il tire, quand il dribble, la façon dont il analyse tout… Il met la barre au plus haut niveau à chaque fois. » Kaizen.
Son premier entretien, pour le site officiel de Crystal Palace en 2021, a donné le ton : deux minutes trente, onze questions. En anglais – sa première langue – ou en français, Michael Olise est un homme de très peu de mots, comme le Norvégien Erling Haaland l’a longtemps été. De l’extérieur, cette aridité renvoie une image froide et étrange. Ses coéquipiers au Bayern s’en amusent. À tour de rôle, ils le dépeignent en ambianceur, au moins musicalement. On peut en déduire qu’il ne voit pas l’intérêt et ne fait pas semblant. De même que s’il cache son visage derrière une cagoule et une casquette « Fuck », c’est moins par timidité que par radicalité vestimentaire.
Le pure player allemand spécialisé dans la mode Highsnobiety lui a fait remarquer qu’il restait immobile après avoir marqué. « Je ne suis pas une personne super émotive, a répondu cet amateur d’échecs au QI supérieur à la moyenne. Je ne réagis pas de la même manière que tout le monde. » Cette façon différente d’envisager la vie lui a valu une réputation de joueur compliqué à gérer (comportement, ponctualité…) au sein des académies qu’il a fréquentées (Arsenal, Chelsea, Manchester City).
Lorsqu’il était gamin, à Londres, où il a croisé Bukayo Saka sur les terrains, Michael Olise avait un joueur préféré : Neymar. Il aimait le style délicat du Brésilien que l’on retrouve par certains aspects dans son jeu. « Préféré » ne signifie pas idolâtrer et l’admiration en est restée là. D’autres joueurs ont eu une influence sur sa carrière. Ceux qu’il suivait naturellement portaient le maillot bleu : Zinédine Zidane, Thierry Henry, Franck Ribéry… Un tropisme familial. La connexion avec la France vient de sa mère, qui a également des origines algériennes.
Par son père, il aurait pu représenter l’Angleterre ou le Nigeria mais, ça ne s’explique pas, le pouvoir d’attraction de l’Hexagone lui a toujours paru évident. Son choix. Préférant même faire les JO que prétendre à la participation à l’Euro 2024 avec les Three Lions. Le sélectionneur, Thierry Henry, en avait eu « des frissons ». « Ça n’arrive pas souvent d’avoir des joueurs comme ça », appréciait alors l’ancien meilleur buteur des Bleus. Cela n’a pas échappé à Didier Deschamps, qui vit son premier grand tournoi sans Antoine Griezmann…
Thomas Lemar, Steven Nzonzi, Benjamin Mendy, Nabil Fekir... Ces champions du monde disparus des radars
« Ce disque est l’un des plus engagés que j’aie pu concevoir » : Souad Massi hausse le ton
De l’or ou SpaceX ? La chronique financière de Marc Fiorentino
Manu Payet : « J’aime le côté punk des choses, dire merde mais sans être irrespectueux »