Quatorze bébés l’année dernière. « Comme pour le vin, c’était une bonne année », sourit Margherita Colangelo. Dans la région viticole de la Basilicate, dans le sud de l’Italie, l’infirmière de 33 ans reconnaît avoir été soulagée en apprenant que 13 enfants allaient a priori grandir avec sa Ginevra, aujourd’hui âgée de 8 mois. À Stigliano, petite ville de 3 700 habitants construite à flanc de coteau, les chiffres ont leur importance. « La mairie devrait pouvoir ouvrir une classe avec 14 enfants, avance la soignante. On vit un hiver démographique en première ligne, ici. Ça fait peur. On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir. On espère que les services publics tiendront. » Mais Margherita Colangelo n’est pas du genre à se laisser faire et elle voulait ce bébé : « Décider d’être enceinte est une forme de résistance, presque un acte de courage. »
Depuis une trentaine d’années, notre voisin transalpin tombe dans une spirale de dépeuplement sans que rien ne semble pouvoir freiner sa chute, tant les raisons s’entremêlent et les politiques nationales se révèlent inefficaces. L’Italie se vide et vieillit. Le taux de fécondité a atteint un record historique en 2025 avec seulement 1,14 enfant par femme, le plus bas d’Europe. Le Mezzogiorno, le Sud, est particulièrement touché. Dans les Abruzzes, le Molise, les Pouilles ou en Sardaigne, le taux est au plus bas. En Basilicate, il est de 1,09. Or il faut 2,05 enfants par femme pour assurer le renouvellement de la population. Le pays de 59 millions d’habitants pourrait perdre 5 millions d’âmes d’ici à 2050. Un quart des Italiens ont aujourd’hui plus de 65 ans. Ils seront un tiers en 2050. À Stigliano, qu’on surnommait « la petite Naples » en 1643, ils en représentent déjà plus de la moitié.