TOP 100 des destinations touristiques. Numéro 3, la Corse, si loin si proche
Jean-Marc Raffaelli, correspondant en Corse

En 2024, la Corse a accueilli 3,5 millions de touristes.
LTD/Robert PALOMBA / ONLYFRANCE
Jean-Marc Raffaelli, correspondant en Corse

En 2024, la Corse a accueilli 3,5 millions de touristes.
LTD/Robert PALOMBA / ONLYFRANCE
« La Corse, la plus proche des îles lointaines. » La devise publicitaire, inventée à la toute fin des années 1960 pour attirer le chaland continental, n'a pas pris une ride. Le doublement de la taxe écologique sur des billets d'avion déjà très chers, les saisons estivales de plus en plus caniculaires et de moins en moins prodigues en eau et les séquences contre-productives comme l'invasion, désormais résolue, des chenilles bombyx sur les sentiers forestiers de randonnée, très largement relayée par les médias nationaux et la presse quotidienne des régions un brin concurrentes, n'ont pas eu d'effet dissuasif.
Les Français continuent à venir massivement sur l'île. Dans les enquêtes, ils cochent leurs cases géographiques préférées, en l'occurrence sur le littoral : Ajaccio et ses maisons napoléoniennes, Calvi et Bonifacio, deux cités fortifiées, et Propriano, aux portes du Sartenais, la Corse des origines réputée pour ses plages sauvages et ses villages authentiques riches en patrimoine.
En 2024, la Corse a accueilli 3,5 millions de touristes. Ils viennent principalement d'Île-de-France, de Provence-Alpes-Côte d'Azur et d'Auvergne-Rhône-Alpes. Le nombre de sièges proposés par les compagnies aériennes démontre assez logiquement que les flux à partir de la France continentale restent prépondérants, une offre stable depuis dix ans comme l'attestent les statistiques de l'Agence de tourisme de la Corse (ATC).
Les vacanciers étrangers (30 % de l'ensemble), à forte dominante italienne et allemande, utilisent essentiellement le transport maritime. S'agissant des premières tendances pour 2025, une récente enquête diligentée auprès des hébergeurs laissait apparaître des niveaux de réservation pour les mois de juin et juillet légèrement supérieurs à ceux de l'année dernière et nettement au-dessus pour septembre.
En revanche, août trahit un petit fléchissement dans les prévisions. La durée des séjours des Français est somme toute assez stable : 21,7 millions de nuitées en 2017 de mai à septembre contre 21,03 millions de nuitées sur la même période en 2024.
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Lorsqu'on les interroge sur ce qui les attire surtout en Corse, les Français répondent la plage et les activités nautiques à 68 %, mais ils se disent aussi intéressés par les visites des sites naturels remarquables et classés accessibles gratuitement (65 %) ainsi que par l'histoire et l'art (87 %).
Hors coût du transport, le touriste français (données 2023) dépense en moyenne 46 euros par jour contre 51 euros pour un touriste étranger. La plateforme statistique de l'ATC mesure régulièrement l'indice de satisfaction des produits touristiques de la Corse : année après année, il reste supérieur à 6/10, ce qui constitue une note plus que satisfaisante, surtout lorsqu'on sait que la clientèle française est réputée comme étant très exigeante.
L'ATC admet recevoir parfois des plaintes, mais elles sont le plus souvent liées à la qualité contestée de certaines infrastructures hôtelières ou aux tensions sur les ressources naturelles comme l'eau. Mais, assure-t‑elle, à ce jour, aucune n'a porté sur les graffitis ou des comportements malveillants.
Pourtant, depuis l'agression mortelle dont a été victime Yvan Colonna à la prison d'Arles le 2 mars 2022, la poussée éruptive de tags nocturnes antifrançais contrarie les professionnels du tourisme, qui s'évertuent à minimiser le phénomène, imputable, il est vrai, à une petite poignée d'individus.
Ceux-ci ont remis au goût du jour le slogan des années 1970-1980 « IFF » (I Francesi fora, « les Français dehors ») qui exhale une puissante odeur de naphtaline, ou encore l'inscription plus pondérée « Corsica is not France » à proximité des ports et des aéroports. Même Jean-Guy Talamoni, leader indépendantiste historique, a posté sur les réseaux sociaux son commentaire laconique mais éloquent : « La lutte oui, le racisme non ! »
« Ces errements marginaux ne reflètent ni l'opinion générale ni la réalité de notre modèle d'accueil, rétorque la présidente de l'ATC, Angèle Bastiani. La large majorité des Corses continue de voir dans le tourisme une opportunité, à condition qu'il soit durable, respectueux, mieux réparti dans le temps et l'espace. C'est précisément la direction que nous avons choisi de suivre. »
En effet, les sites surfréquentés (la vallée de la Restonica et les calanques de Piana, inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco) sont davantage régulés. « Si le lien ancien avec les visiteurs français est solide et s'est renforcé avec le temps, c'est que la Corse reste pour eux un lieu de mémoire, de cœur et de paysages préservés », argumente encore Angèle Bastiani.
Mais c'est surtout la proximité géographique qui constitue un nouvel atout déterminant : le déclenchement d'un conflit armé, un virus virulent, une catastrophe climatique, tout événement susceptible d'entraîner le confinement et le blocus des transports fait de plus en plus peur aux vacanciers. La Corse, sans être championne toutes catégories confondues de l'hospitalité, c'est le dépaysement près de chez soi.
Jean-Marc Raffaelli, correspondant en Corse