Mauvais signal. La chronique de Pauline Delassus

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.
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L’annonce ne pouvait pas plus mal tomber. Le 7 juin, alors que la France se mobilise autour de la lutte contre les violences faites aux mineurs, choquée par les scandales du périscolaire et du meurtre de la petite Lyhanna, Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes de France Télévisions, annonçait dans nos colonnes l’arrêt de la diffusion quotidienne de la seule émission du Paf consacrée à l’enfance : Les Maternelles.
Ce programme historique, créé en 2001, donne la parole, du lundi au vendredi, à tous ceux qui travaillent avec et pour les enfants – pédiatres, sage-femmes, psys, éducateurs, puéricultrices – ainsi qu’aux parents, pères désemparés et, surtout, mères en détresse. Maïtena Biraben, sa première présentatrice, à l’époque sur La Cinquième, le dit sans ambages : « Les Maternelles sauve des vies. Ce n’est pas une émission de “bonnes femmes”, c’est une mission de service public. »
À partir de septembre, le talk-show matinal sera diffusé le vendredi uniquement, en direct à 9 h 30, sur France 2 désormais, après avoir été malmené en passant successivement, et parfois simultanément, sur France 4 et France 5, à des horaires variables, en début de soirée notamment, case peu propice à la disponibilité de celles (et ceux) qui, entre 18 et 20 heures, donnent le bain et préparent le dîner.
Ce parcours de grille erratique a provoqué l’érosion des audiences, tombées entre 50.000 et 70.000 téléspectateurs cumulés cette dernière saison, quand elles pouvaient culminer à plus de 350.000 entre 2021 et 2025.
Quatre épisodes sur cinq supprimés chaque semaine c’est autant de familles délaissées et d’informations escamotées sur la dépression post partum, les laits en poudre contaminés, les violences intrafamiliales, les parcours de PMA, la baisse de la natalité, la pédocriminalité… Et un bien mauvais signal envoyé alors que la mobilisation est nationale autour de ce que l’on commence à nommer « le MeToo Enfant ».
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Produite par la société indépendante 2P2L et présentée depuis 2025 par la journaliste Marie Portolano, « Les Maternelles » a vu son budget décroître de 10 % en deux ans, dans un contexte où les économies sont générales à France Télé, particulièrement pour les programmes de flux, les jeux, les magazines et le divertissement, « la variable d’ajustement » selon un producteur.
Pour compenser le passage en hebdomadaire, le groupe prévoit de développer une chaîne thématique « Les Maternelles » accessible 24 heures sur 24 sur sa plateforme de streaming France.tv, ainsi que des émissions destinées exclusivement au numérique du lundi au jeudi, diffusées à 9 h 30 également, pour tenter de créer une continuité avec celle de fin de semaine sur la 2.
Laissant s’installer cette interrogation : produire plus avec moins, est-ce prendre le risque d’endommager la qualité d’un programme d’utilité publique, à une époque où la société réclame une meilleure prise en charge de la femme et de l’enfant ?
Forte de ses 976.000 abonnés sur Instagram, « Les Maternelles » a certes trouvé son public sur les réseaux sociaux, grâce aux post d’extraits vidéo, mais sa vitrine hertzienne journalière lui assurait de soulager chaque matin un public vulnérable, celui des mères en congé maternité, parfois alitées, ou dans l’épreuve du post partum, celui-là même pour qui l’émission a été créée.
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