Mondial de football : loin de la coupe aux rêves. L'édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Comme tous les quatre ans, la Coupe du monde de football constitue un événement intercontinental, une véritable fête qui réunira des centaines de millions de spectateurs dans les stades et devant leur télévision. Une passion, une griserie contagieuse… avec son lot d'attentes fébriles, de joies et de déception.
Certes, plusieurs grands pays comme la Chine où l'Inde ne connaissent pas la même exaltation face à cette compétition hors normes. D'aucuns iront même jusqu'à douter de l'engouement des Américains pour le soccer, considéré comme un sport mineur. Une opinion largement partagée par Donald Trump qui préfère des disciplines plus viriles du type MMA…
Ce Mondial 2026 sera celui de la démesure avec 48 équipes, 104 matchs et des recettes estimées à 11 milliards de dollars. De quoi donner le vertige ! Le foot business se porte comme un charme sous la houlette du patron de la Fifa, Gianni Infantino qui a transformé le football en machine à cash grâce aux relations qu'il a tissées avec les hommes forts de la planète, de Trump à la Poutine en passant par tous les émirs du Golfe Persique.
Le réalisme des affaires - dans ce qu'il a de plus impitoyable et de plus froid - a chassé le romantisme qui était associé à cet événement jusqu'à la fin du XXe siècle. Le légendaire Johann Cruyff affirmait qu'il n'avait jamais vu un sac de billet marquer un but mais les sacs de billets contribuent grandement à faire venir ceux qui marquent les buts !
La France ne pourrait probablement plus organiser seule une Coupe du Monde comme elle l'a fait en 1998. D'ailleurs États-Unis, Mexique et Canada coorganisent ce Mondial, l'édition 2030 réunira six pays et trois continents et celle de 2034 reviendra à la pétromonarchie saoudienne. Donald Trump veut faire de cette Coupe du Monde un instrument au service de sa politique hégémonique et un puissant vecteur du culte de sa personnalité.
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À défaut du prix Nobel, il a reçu de son ami Infantino le prix de la Paix de la Fifa, histoire de sceller cette « bromance » entre « Donald » et « Gianni » ! Autrefois, João Havelange et Sepp Blatter étaient courtisés par les dirigeants politiques. Aujourd'hui, le président de la Fifa est réduit au rang de vil flatteur de l'homme à la casquette rouge. Une histoire de parrain sans le génie et la maestria d'un Coppola ou d'un Scorsese !
La géopolitique s'est invitée en effet à ce Mondial où le pays hôte, les États-Unis, est en guerre et accueillera l'Iran, le belligérant… qu'il pourrait défier dans un explosif huitième de finale. Pourtant on préfère les voir s'affronter sur un rectangle vert balle au pied que s'entretuer autour du détroit d'Ormuz.
Il ne faut donc pas bouder notre plaisir et retrouver notre âme d'enfant collectionneur de vignettes Panini… et heureux de veiller tard dans la nuit pour admirer et soutenir les stars du ballon rond. Lamine Yamal, Kylian Mbappé, Vinicius : voilà les meilleurs marchands de sable qui vont faire tomber une pluie d'étoiles devant nos yeux émerveillés.
Et puis quel bonheur de découvrir de nouveaux talents, des équipes surprises et d'apprendre à situer sur une carte Curaçao, le Cap-Vert ou l'Ouzbékistan ! Pensons aussi à ces peuples en souffrance comme Haïti ou la République démocratique du Congo qui, par la magie de leur sélection, vont oublier durant quelques semaines la violence et la barbarie.
Oui, Albert Camus avait raison quand il écrivait : « Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c'est au football que je le dois. » Pour nous Français, l'espoir d'une troisième étoile synonyme de titre est dans le cœur de tous les supporters. Pendant six semaines, crises politiques, tensions internationales seront en partie éclipsées par la dramaturgie footballistique. Comme le disait si justement Zinedine Zidane : « Gagner une coupe du monde c'est entrer dans l'éternité. »
Charlie Dalin, le grand large
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