Défait en ouverture contre la Norvège (1-4), l’Irak affronte la France demain soir. Aux avant-postes, deux attaquants au parcours meurtris par la situation du pays. En tribune, la légende de tout un peuple. Et sur le banc, un Australien qui a déjà croisé les Bleus…
Al-Qaïda a tué son père
À son arrivée à l’aéroport de Chicago le 5 juin, l’attaquant Aymen Hussein a été interrogé pendant sept heures par la police des frontières. Si les agents américains avaient envie d’entendre une tragédie familiale en deux actes, ils tenaient la bonne personne. Le vice-capitaine de l’Irak (92 sélections, 33 buts) avait 12 ans, en 2008, quand son père, soldat, a été tué d’une balle par Al-Qaïda alors qu’il achetait du matériel pour construire sa maison.
Puis l’État islamique a chassé sa famille de son village, son frère a été enlevé et il n’a « plus entendu parler de lui depuis », a-t-il confié à Al Jazeera. Lui a fait parler balle au pied : en devenant le joueur le plus cher d’Irak à force de cumuler les transferts ; en marquant les buts qualificatifs pour les Jeux olympiques 2024 et la Coupe du monde 2026. Le double buteur contre la Norvège mardi, dont un malheureux csc, aurait souhaité que ses proches « soient encore en vie pour voir ce [qu’il a] accompli et partager les moments de bonheur ».
Un héros national à la présidence
Il a écrit la plus belle page du football irakien. En 2007, un but de la tête de Younis Mahmoud (148 sélections, 57 buts) a fait triompher l’Irak en finale de la Coupe d’Asie des nations, contre l’Arabie saoudite (1-0). Un rare moment de joie pour la population d’un pays alors en guerre. Un bout d’éternité pour l’attaquant, devenu héros national et symbole après avoir été classé 29e du Ballon d’or – le seul nommé à ne pas évoluer dans un club européen cette année-là.