« L'École des femmes » mis en scène par Robin Renucci : dans la droite ligne de Jean Vilar
Directeur de la Criée, à Marseille, Robin Renucci met en scène le spectacle de l’été dans la Drôme, « L’École des femmes », avec un grand François Morel en Arnolphe.
Robin Renucci occupe une place à part dans le monde de la culture. Jeune premier d’excellence passé par le Conservatoire, tôt connu par des films comme Eaux profondes de Michel Deville, dès 1981, ou Escalier C de Jean-Charles Tacchella, en 1985, il aurait pu continuer sur cette seule lancée. Mais il avait au cœur le sens de l’éducation artistique et du partage, essentiel dans sa propre formation.
On n’oublie pas son engagement d’interprète, par exemple dans le légendaire Soulier de satin de Paul Claudel, dans la cour d’honneur d’Avignon, en 1987. Il est Don Camille, auprès de Didier Sandre (Rodrigue) et Ludmila Mikaël (Prouhèze). D’Antoine Vitez, qui les dirige, il a hérité la certitude que le théâtre peut être « élitaire pour tous ». Il n’a jamais dévié. Qu’il crée en 1998, en Haute-Corse, l’Aria (Association des rencontres internationales artistiques) ou dirige les Tréteaux de France, de 2011 à 2022, il fait preuve d’une détermination profonde : Robin Renucci est un passeur.
Il connaît les vertus du théâtre : ouvrir au monde réel et aux rêves par la littérature et le partage. En 2022, il a été nommé à la tête du Théâtre national de la Criée, à Marseille, et vient de voir son mandat renouvelé jusqu’en 2029. Il y a beaucoup entrepris et a élargi le public de cette maison donnant sur le Vieux-Port.
Ces temps-ci, c’est un peu plus au nord, à Grignan, dans la Drôme, qu’on le retrouve au travail. Devant la façade du château Renaissance où vécut la fille de Mme de Sévigné, il répète L’École des femmes de Molière. Dans le rôle d’Arnolphe, le grand François Morel. « J’ai une profonde admiration pour lui, souligne Robin Renucci. Pour sa grande précision intellectuelle, pour son humanité et ce qu’il peut inspirer de fragilité en même temps. Avec François Morel, la bonne foi d’Arnolphe va toucher le public. »
Une bonne foi qui n’empêche pas « la terrible dérive autoritaire de cet homme » qui élabore le fou projet d’élever Agnès pour qu’elle ne soit pas abîmée par le monde extérieur, « mais qui n’est rien d’autre qu’un excès d’autorité ». Rien ne va fonctionner comme il en a rêvé. « Tout s’effondre pour lui, petit à petit. » Chez Molière, on n’oublie pas le rire et Agnès (Juliette Cahon) comme Horace (François Deblock) vont trouver leur liberté.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
« On pensera à l’Italie, peut-être »
« J’ai monté cette saison La Leçon d’Eugène Ionesco. Je joue le professeur. Lui aussi abuse de son autorité. Arnolphe s’appuie sur ce qu’il croit être un élan moral, il veut protéger et instruire. Le professeur prétend à la science. Le personnage d’Ionesco va très loin… Pour moi, L’École des femmes et La Leçon forment un diptyque. Composées à des siècles de distance, 1662 et 1951, les pièces s’appuient sur l’angoisse des hommes devant la liberté potentielle des femmes, et aussi sur l’emprise qu’entend exercer un adulte sur un être jeune. Ce ne sont peut-être pas des monstres, mais des personnages de pouvoir dont la dérive autoritaire est fatale. »
La distribution et l’équipe artistique sont fortes. Robin Renucci retrouve des collaborateurs essentiels comme la scénographe Lisa Navarro et le créateur des costumes Benjamin Moreau. « Il faut inspirer une atmosphère, mais ne pas oublier la force du lieu… On pensera à l’Italie, peut-être. » Chaque été, un artiste est chargé de concevoir le spectacle des Fêtes nocturnes.
« J’aime beaucoup l’esprit de Grignan : deux mois de représentations devant près de 800 spectateurs chaque soir, c’est un privilège formidable. C’est un public très brassé, avec des amateurs très habitués et des familles qui viennent ici en une fête unique ! Toutes les générations sont présentes et cela aussi est une richesse pour le festival. J’y trouve mon ADN ! »
Tout en peaufinant sa mise en scène, cet héritier de Jean Vilar pense à la prochaine saison de la Criée. Et au-delà. « J’ai sollicité Delphine de Vigan et Guillaume Poix. Je souhaite que l’on parle de la jeunesse d’aujourd’hui. »