Le vignoble de Bordeaux renoue avec le Médoc blanc pour se diversifier

Les premières bouteilles de vin AOP Médoc Blanc seront commercialisées au printemps 2026.
PC / La Tribune

Les premières bouteilles de vin AOP Médoc Blanc seront commercialisées au printemps 2026.
PC / La Tribune
Depuis quelques années, le vignoble bordelais pousse sa communication « autour de vins de toutes les couleurs » pour effacer l’étiquette du vin rouge qui lui colle trop souvent à la peau. Il est donc question dans le Bordelais de plus en plus de vins blancs et rosés, de crémant (vin pétillant) et du clairet, un vin rouge léger.
La reconnaissance officielle du « Médoc blanc » comme appellation d’origine protégée (AOP) est la dernière pierre à cet édifice de diversification qui vise à adapter l’offre aux nouveaux goûts des consommateurs dans un contexte de crise historique.
Initiée en 2018 avant d’être demandée formellement en 2024, cette nouvelle AOP a été officiellement autorisée le 5 août dernier. Elle vise à reconnaître et soutenir la production de vin blanc dans cette bande de terre glissée entre l’océan Atlantique et l’estuaire de la Gironde traditionnellement associée aux grands vins rouges. Et pourtant le blanc y a déjà eu son heure de gloire au début du 20esiècle quand le Médoc en produisait jusqu’à 2,2 millions de bouteilles en 1929. Avant que ces vignes ne laissent la place aux cépages rouges au point d’être divisées par dix au début des années 1970 puis de quasiment disparaître.
Mais les modes changent et l’appétit des consommateurs, notamment les jeunes et les femmes, pour les vins blancs frais tranche avec leur désamour pour les vins rouges complexes. « Nous travaillons depuis longtemps à adapter l’appellation au climat, au contexte économique et aux attentes des consommateurs notamment avec des vins rouges plus fruités et gourmands et maintenant du vin blanc », remarque Hélène Larrieu, la directrice de l’ODG (organisme de défense et de gestion) Médoc, Haut Médoc et Listrac-Médoc.
Le Médoc blanc ne représente pour l'heure qu’une goutte d’eau dans les 9 200 hectares de cette appellation qui compte 320 châteaux et cinq caves coopératives. « Tous les producteurs sont éligibles mais le potentiel identifié est pour l’instant de 70 exploitants pour environ 170 hectares. Compte tenu des volumes de la récolte 2025, on aura une faible quantité mais de bonne qualité », évalue Hélène Larrieu. Pour la suite, Claude Gaudin, le président de l’ODG, ne se fixe pas d’objectif chiffré : « C’est le début de l’histoire du Médoc blanc et nous voulons développer le produit de manière réfléchie et cohérente avec notre capacité à le commercialiser et une forte exigence de qualité. »
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Assemblée avec de la muscadelle, du sémillon, du sauvignon et du sauvignon gris, le Médoc blanc se veut frais et fruité pour viser un positionnement premium. « Notre vin blanc répond parfaitement à la demande de vins frais, avec une belle brillance et que l’on peut associer à des cuisines végétales et ouvertes sur le monde », assure Laura Sorin du château Castera, qui produit des vins blancs dans le Médoc depuis 2016 et s’inscrira dans cette nouvelle AOP.
Plus largement Bernard Farges, le président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, voit dans cette nouvelle appellation un petit rayon de soleil dans un vignoble écrasé par les difficultés économiques. « Cela ajoute à la palette des vins de Bordeaux et des savoir-faire des propriétés. Mais ça montre surtout que quand un projet est bien préparé et porté collectivement, on peut avancer très vite ! » Les premières bouteilles de Médoc blanc seront commercialisées dès le printemps 2026.
Et si aucun cru classé ne s’est encore positionné sur cette nouvelle AOP, le château Sigalas Ribaud, premier cru classé dans le Sauternais, s’apprête à lancer un vin sans alcool. Une autre première qui illustre des tentatives du vignoble girondin pour s’adapter aux nouvelles réalités du marché. Parallèlement, les estimations des besoins de la nouvelle campagne d’arrachage de vignes devraient être connues d’ici la fin du mois d’octobre.