REPORTAGE. Bergerac, Irouléguy, Marmande. Trois vignobles de renommée modeste, attachés au Sud-Ouest qui, contrairement aux appellations prestigieuses, bougent face aux nouvelles attentes de consommation du vin.Quand Lise Sadirac débarque à Bergerac à l'été 2021, la directrice d'exploitation est bien au fait des traditions du monde viticole, de ses conservatismes, de sa domination masculine aussi. Passée par six appellations, elle arrive dans un vignoble de l'ombre qui a « tout à prouver » et veut bousculer les carcans. Ce qu'elle trouve au sein du vignoble des Verdots, racheté par le milliardaire islandais Robert Wessman, est un terreau propice. « Je peux témoigner que cette appellation a une puissance d'adaptation assez remarquable. Bergerac n'a jamais connu l'âge d'or. Ça les a toujours obligés à être plastiques, à avoir de la souplesse », explique-t-elle aujourd'hui.
C'est la marque depuis des dizaines d'années de petits vignobles restés loin du sillage des prestigieux vins de Bordeaux, de Loire ou de Bourgogne. Un travail acharné et une flexibilité contrainte, sans le faste, qui finissent enfin par payer. Dans la pénombre et la fraîcheur de son chai souterrain, Lise Sadirac le dit avec ses mots. « La déconsommation, c'est aussi une consommation différente du vin », renverse-t-elle. « Le rouge est lié à un mode de repas qui ne correspond plus à l'organisation des journées des jeunes consommateurs. Les moments de consommation des vins traditionnels se font plus rares », constate celle qui n'hésite pas à recommander un blanc frais et fruité pour accompagner un poke bowl, ce mélange d'aliments végétaux et animaux crus très populaire chez les jeunes.
Moins d'alcool, plus de fruit
« Il faut qu'on arrête de se prendre la tête avec la consommation de vin. Il n'y a pas besoin d'être un expert pour déboucher une bouteille ! », affiche le directeur de l'Interprofession des vins de Bergerac et de Duras (IVBD). Cette fédération, qui rassemble 700 vignerons sur près de 10 000 hectares, n'a cure des traditions. À l'heure où les ventes de rouge se replient sans discontinuer, où la rémunération des viticulteurs devient négative et où certains arrachent leur vigne, plus question de s'accrocher à des totems. Dans ses rangs, des blancs pétillants apparaissent, des bouteilles sans capsule, des étiquettes colorées, imaginées par des artistes, qui ne disent rien de la façade du château où ils sont produits. Stratégie payante : les ventes se maintiennent pour le rouge, elles augmentent côté blanc.