Alors que le plan du gouvernement France 2030 investit massivement dans l’innovation industrielle, des chefs d'entreprise alertent sur un paradoxe : si les technologies émergent, leur adoption tarde. Au risque de les voir partir se développer à l'étranger.« Il reste encore des milliards d’euros disponibles au niveau national et neuf millions d’euros pour la Bourgogne-Franche-Comté ». Ce sont les mots du préfet de région, Paul Mourier, qui lançait, ce mercredi 22 octobre, lors d’un point d’étape sur le dispositif France 2030, un appel aux chefs d’entreprise et aux entrepreneurs pour ceux qui hésiteraient à investir, étant donné le contexte budgétaire actuel.
Alors que le budget 2026 de la France est en passe d’être voté, avec des coupes dans tous les secteurs, les crédits 2026 pour l’innovation ne sont, à date, pas encore remis en question.
Depuis son lancement en 2021, le plan France 2030 - doté de 54 milliards d’euros à l’échelle nationale - se veut le fer de lance de la réindustrialisation et de l’innovation « à la française ». En Bourgogne-Franche-Comté, il soutient des filières stratégiques comme l’hydrogène, la santé, l’agroalimentaire ou le nucléaire. Au 30 juin 2025, le volet national du plan a soutenu 260 projets d’entreprises et de collectivités pour un montant global dépassant les 547 millions d’euros. Quant au volet régionalisé du plan, il a permis d’accompagner 76 projets lauréats pour un montant de 32 millions d’euros cofinancés par l’État et la Région.
« La réindustrialisation prend concrètement corps ici », se félicite Paul Mourier, qui insiste sur « la complémentarité entre recherche, formation, entreprises et institutions publiques ». À l’échelle locale, les extensions d’usines dépassent désormais les fermetures, preuve, selon lui, que « la mécanique enclenchée fonctionne ».
Le géochanvre face aux freins de la commande publique
Mais sur le terrain, l’enthousiasme institutionnel se heurte parfois à la réalité économique. Parmi les six lauréats présents au point d'étape du Comité stratégique France 2030 à Dijon, Frédéric Roure, président de Géochanvre, en témoigne. Sa PME basée dans l’Yonne fabrique des toiles de paillage biodégradables à base de fibres végétales, une alternative concrète aux plastiques agricoles, soutenue à hauteur de 6 millions d’euros sur un projet à 24 millions d’euros par l’État via l’appel à projets « Première usine » de France 2030.