Trois mois après la fin de l'enquête chinoise sur les spiritueux européens, le commerce ne repart pas. Dans un pays en pleine crise sociale, Pékin joue la sobriété et a éjecté les alcools des grands banquets et événements, dont le cognac. Même morosité aux Etats-Unis avec les nouvelles taxes douanières.149 millions de bouteilles de cognac ont été vendues dans le monde entre les mois d'août 2024 et 2025 pour 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Soit -8,7 % sur un an en volume. Le spiritueux charentais n'était pas tombé si bas depuis 2009 et la dernière grande crise financière. D'une crise à l'autre, les derniers chiffres consultés par La Tribune montrent que le vignoble a bien bouclé un cycle de prospérité et subit désormais une profonde dépression.
Une déflagration pour toute la filière
Asie, Amérique, Europe : les trois grands espaces de consommation du cognac sont en repli. Mais avec seulement 40 millions de bouteilles écoulées, c'est le continent asiatique qui concentre la plus forte baisse (-24,4 % en volume), devant le Vieux continent (-5,5 %) et l'Amérique (-2,8 %). En trois ans, la filière a vu ses ventes annuelles passer de 4 à 2,5 milliards d'euros. Une chute atomique de quasiment -40 %.
Cette déflagration est la conséquence directe de l'enquête anticoncurrentielle menée pendant un an et demi par Pékin (lire l'encadré). Pendant des mois, les maisons ont été soumises à un dépôt de caution bancaire à la frontière chinoise, générant beaucoup d'attentisme dans les exportations. Cette difficulté levée, la demande du marché chinois reste fortement ralentie.
Régime sec dans les banquets chinois
Un climat morose que Cyril Camus, le dirigeant de la maison éponyme, mesure sur place, lui qui habite en Chine depuis 30 ans. « On est de retour sur une activité normale dans les duty-free. Les ventes ont repris, la demande est là. Mais le marché domestique reste à la peine. C’est en partie lié à l’enquête antidumping, mais surtout à cause de la baisse généralisée de la consommation. L’immobilier a subit une très forte baisse en 2023, or les investissements des ménages se faisaient quasi exclusivement dans ce domaine. Les gens n’ont plus envie de consommer car ils ont perdu la valeur de leur patrimoine », explique-t-il.