Le gouvernement américain investit 1 milliard de dollars avec AMD dans deux supercalculateurs pour transformer la science américaine
latribune.fr
Le DOE s’équipe de deux supercalculateurs d’IA pour des percées scientifiques « massivement plus rapides » sur les plus grands défis mondiaux.
REUTERS - Nathan Howard
Les supercalculateurs Lux et Discovery sont destinés à accélérer la recherche dans trois domaines stratégiques : la maîtrise de l’énergie de fusion nucléaire, la gestion de l’arsenal nucléaire américain et la simulation de traitements du cancer au niveau moléculaire. Le secrétaire à l’Énergie espère une concrétisation de la fusion d’ici « deux ou trois ans ».
Les États-Unis affichent l’ambition de se doter de capacités de calcul massives pour exécuter des expériences d’une complexité croissante. L’enjeu, selon le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, et la PDG d’AMD, Lisa Su : construire deux supercalculateurs taillés pour s’attaquer à des problèmes scientifiques majeurs, de l’énergie nucléaire à la sécurité nationale, incluant les traitements oncologiques. Le pays mise sur cette puissance pour réduire le temps nécessaire aux percées scientifiques dans des domaines jugés stratégiques.
Pour Chris Wright, ces systèmes vont « survolter » les avancées dans le domaine de l’énergie nucléaire et de la fusion. L’une des applications les plus critiques concerne la fusion, cette réaction qui alimente le soleil et que scientifiques et entreprises tentent de reproduire sur Terre. Il s’agit de comprimer des atomes légers dans un gaz plasma, sous une chaleur et une pression intenses, afin de libérer une quantité d’énergie phénoménale.
Fusion : le pari des « deux ou trois ans »
Malgré des progrès substantiels, le défi de la fusion réside dans l’instabilité des plasmas, comme le rappelle Chris Wright : « Nous devons recréer le centre du soleil sur Terre. » C’est là que l’intelligence artificielle des supercalculateurs entre en jeu. Le secrétaire à l’Énergie affirme que l’utilisation de ces systèmes d’IA se traduira par des progrès « massivement plus rapides ».
Il avance même un calendrier : « Je crois qu’ils permettront de concrétiser l’exploitation de l’énergie de fusion dans les deux ou trois prochaines années. »
Au-delà de l’énergie, ces machines de calcul joueront un rôle essentiel dans la gestion et la sûreté de l’arsenal nucléaire américain.
Guerre au cancer : L’IA au niveau moléculaire
L’impact de ces supercalculateurs dépasse largement le cadre énergétique et militaire pour s’attaquer à la santé publique. En simulant des méthodes de traitement du cancer jusqu’au niveau moléculaire, l’accélération de la découverte de médicaments devient un objectif tangible.
Chris Wright ose même un pari : « J’espère que dans les cinq ou huit prochaines années, nous transformerons la plupart des cancers, dont beaucoup sont aujourd’hui des condamnations à mort définitives, en conditions gérables. »
Une architecture sous pavillon AMD
Le déploiement des machines est scindé en deux phases distinctes. Le premier supercalculateur, baptisé Lux, doit être construit et mis en service d’ici six mois, un délai qualifié de « plus rapide » jamais observé pour un déploiement de cette envergure par Lisa Su.
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Lux sera basé sur les puces d’IA MI355X d’AMD. Son architecture intégrera également les processeurs centraux (CPU) et les puces de mise en réseau (networking chips) de la firme. Ce système est développé en co-ingénierie par AMD, Hewlett Packard Enterprise (HPE), Oracle Cloud Infrastructure et le Laboratoire National d’Oak Ridge (ORNL). Le directeur de l’ORNL, Stephen Streiffer, anticipe que Lux délivrera environ trois fois la capacité d’IA des supercalculateurs actuels.
Le saut quantique de 2029
Le second système, plus perfectionné, répond au nom de Discovery. Sa conception reposera sur les puces d’IA MI430 d’AMD, spécifiquement optimisées pour le calcul haute performance (HPC). L’équipe de conception de Discovery comprendra l’ORNL, HPE et AMD. La livraison est prévue pour 2028, avec une mise en service opérationnelle effective attendue en 2029.
L’attente est celle d’un gain de puissance de calcul considérable, même si Stephen Streiffer ne s’avance pas sur un chiffre précis. Lisa Su a précisé que la puce MI430 est une variante spéciale de la série MI400, combinant les fonctions essentielles des puces de supercalcul traditionnelles avec les fonctionnalités indispensables à l’exécution des applications d’IA.
Un modèle de financement public-privé reconductible
Le département de l’Énergie américain hébergera les supercalculateurs. Les entreprises partenaires, quant à elles, fourniront les machines et les dépenses d’investissement. Un arrangement qui voit les deux parties partager la puissance de calcul générée.
Ce schéma de coopération entre l’industrie privée et les laboratoires du DOE à travers le pays est destiné à devenir la norme. Un responsable du DOE a confirmé que ces deux supercalculateurs basés sur les puces AMD ne sont que les prémices d’une longue série de partenariats similaires.