Le prochain sommet mondial de l’IA en Inde veut une place pour les pays du Sud

Sanjeev Singla, ambassadeur d'Inde pour la France et la Principauté de Monaco.
La Tribune

Sanjeev Singla, ambassadeur d'Inde pour la France et la Principauté de Monaco.
La Tribune
Paris passe le flambeau à New Delhi. Co-organisatrice du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle (IA) qui s’est déroulé en février dernier en France, l’Inde accueillera, du 19 au 20 février 2026, la prochaine (4ème) édition de l’événement sur l’IA, baptisé « India AI Impact Summit ».
Plaque tournante de l’innovation technologique, dotée d’une vaste infrastructure numérique et d’un écosystème dynamique de start-up en plus d’une démographie jeune, l’Inde semble bien positionnée pour dépasser les divisions et faire de l’IA un levier d’inclusion et d’une croissance durable au lieu d’un vecteur d’inégalités.
Si le sommet de Paris « a réussi à obtenir un consensus sur les principes fondamentaux d’une IA responsable et centrée sur l’humain », estime Sanjeev Singla, ambassadeur d’Inde pour la France et la Principauté de Monaco, l’enjeu, désormais, est de passer « des principes à l’action concrète, en protégeant la vie privée des citoyens, la propriété intellectuelle de nos entreprises et notre souveraineté numérique ».
Avec une volonté d’un « impact réel sur le terrain », comme l’intitulé du sommet de New Delhi le suggère. D’autant que c’est la première fois qu’il a lieu dans un pays du Sud. « Nous ne voulons pas que le Sud soit simplement consommateur, mais qu’il soit un partenaire dans la création dans l’IA », affirme l’ambassadeur.
Sur cet élan, New Delhi a conçu le sommet autour de l’« empowerment » économique des personnes, une utilisation de l’IA soutenable pour la planète ainsi qu’un progrès inclusif. En face de ces piliers, sept groupes de travail seront mis sur pied. Exemple, un groupe thématique, co-présidé par les Philippines et le Rwanda, sera consacré au sujet du capital humain ; celui sur l’inclusion sociale, par le Nigéria, tandis que le groupe sur la démocratisation des ressources de l’IA sera emmené par le Kenya et l’Egypte. Quant à la France, elle co-présidera le groupe de travail sur la résilience.
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De son côté, Anne Bouverot, l’envoyée spéciale du président de la République pour le Sommet sur l’IA, qui s’est rendue la semaine dernière en Inde, confirme une continuité du sommet indien avec celui de Paris qui avait notamment lancé l’initiative sur l’IA durable. A New Delhi, « le président Macron s’y rendra pour deux choses. Tout d’abord pour le sommet, mais aussi parce que 2026 sera l’Année de l’innovation franco-indienne ».
Surtout, lors du prochain sommet, l’Inde entend mettre en avant une approche de l’IA bien à elle. « Nous avons créé une infrastructure numérique publique pour l’intelligence artificielle, appelée Data Empowerment and Protection Architecture (DEPA) pour l’IA », évolutive et inter-opérable, note Sanjeev Singla. D’ailleurs, « nous menons un projet pilote avec la France utilisant cette approche particulière dans le domaine de la santé. Outre cocher toutes les cases de la protection de la vie privée et de la souveraineté numérique, ce projet pilote est intéressant pour voir comment les ensembles des données peuvent être partagées entre différentes juridictions », développe-t-il.
Plus largement, le pays, qui s’est doté d’une mission visant à établir une vision cohérente de l’IA, cultive « une approche très différente de celle de l’Occident ». Plutôt que d’être dans la course technologique, « nous sommes vigilants à la manière dont ces outils peuvent remédier aux problèmes socio-économiques à grande échelle, comment ils peuvent aider les agriculteurs ou l’homme de la rue », déclare-t-il.
Pour ce faire, la mission a articulé différents axes, autour de la création de la capacité de calcul, le financement des start-up, ou le développement d’applications dans les domaines de la santé et de l’agriculture en plus d’une architecture numérique publique. « Si quelque chose réussit en Inde, qui compte 1,4 milliard d’habitants, cela peut servir de modèle pour le reste du monde, notamment le Sud », avance l’ambassadeur.
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Une alternative aux positions américaine ou chinoise ? « Nous partageons l’analyse de la situation et le fait qu’on aimerait que l’IA serve à développer des applications pratiques pour des personnes plutôt que de simplement enrichir des milliardaires dans quelques pays. Nous partageons en outre une vision de souveraineté numérique », considère Anne Bouverot. Autre spécificité indienne, à la différence d’une approche centrée sur les plateformes, et donc sur des champions, en Inde, l’IA s’ancre dans les réalités locales, pointe pour sa part l’ambassadeur Singla. Autant de pistes susceptibles de réduire la fracture numérique au niveau mondial.