Les géants du streaming ont déposé un recours devant le Conseil d’État pour contester le nouveau décret d’obligation d’investissement dans l’audiovisuel.
Le torchon brûle entre la France et les géants américains du streaming. Ce lundi 6 juillet, Netflix, Disney+ et Prime Video ont déposé des recours devant le Conseil d’État pour contester de nouvelles règles en vigueur en France.
Depuis janvier 2026, un nouveau décret impose de flécher 20 % des obligations d’investissement dans l’audiovisuel aux programmes d’animation, documentaires et spectacle vivant, afin de soutenir la diversité des genres.
« Ces nouvelles règles doublent subitement notre obligation d’investir dans ces genres, ciblent uniquement les services de streaming et finissent par orienter notre offre éditoriale sans tenir compte des attentes du public », a protesté dans une tribune au Monde parue lundi matin la vice-présidente de Netflix France, Pauline Dauvin.
Le 6 mai, l’Arcom a validé un avenant majeur. Les obligations annuelles de Prime Video pour la création française passent de 40 à 90 millions d’euros. Ce montant grimpera à 110 millions si la plateforme obtient une fenêtre de diffusion inférieure à douze mois pour au moins un film de cinéma. Netflix, lui, consacre « 250 millions d’euros chaque année dans des séries, des films et des documentaires français », affirme la plateforme.
Une menace sur la stratégie ultra-rentable de l’abonnement
Cette orientation du financement provoque la colère des géants américains puisqu’elle menace directement leur très rentable modèle économique. Ces dernières années, toutes ces entreprises ont augmenté le coût de leur abonnement. Une décision aux enjeux colossaux.
« Les plateformes numériques supportent des coûts marginaux très faibles. Une augmentation de tarif bénéficie donc directement aux marges et aux bénéfices », explique Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro.
Et, jusqu’ici, toutes ces entreprises ont pu augmenter leurs prix sans perte significative de clients. Si bien que « les modèles fondés sur l’abonnement représentent aujourd’hui l’un des moteurs de croissance les plus rentables », ajoute-t-il. En cinq ans, Netflix a vu sa marge opérationnelle passer d’environ 18 % à plus de 30 %, tandis que le bénéfice net a plus que doublé, passant de 5 milliards de dollars en 2021 à plus de 10 en 2026.
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.
Le risque du « ras-le-bol » des abonnés
Sauf que cette stratégie ne fonctionne que tant que les abonnés sont satisfaits des contenus proposés sur ces plateformes. Si la satisfaction baisse alors que les prix augmentent, le nombre de clients pourrait alors diminuer, ce qui remettrait en cause le modèle économique de ces plateformes.
« Ces nouvelles règles vont trop loin. (…) Quand la réglementation prend le pas sur la liberté éditoriale, la diversité devient un exercice de conformité, au détriment des attentes du public », a ajouté Pauline Dauvin dans sa tribune.
Un peu plus tôt, Netflix avait aussi affirmé, à l’AFP que « ce n’est pas un système tenable pour nous. C’est disproportionné par rapport à ce qu’on veut et peut faire en France », a récemment fait savoir la plateforme auprès de l’AFP.
Des règles visant à préserver l’audiovisuel français Les obligations de financement des plateformes de streaming ont un objectif : préserver la création audiovisuelle française. La chronologie des médias codifie strictement l’exploitation des films. Depuis la révision de 2022, la salle conserve l’exclusivité pendant quatre mois (réductible à trois). Viennent ensuite les chaînes payantes à six mois, puis la SVoD. Sans accord spécifique, les plateformes attendent dix-sept mois. Et pour cause, pour les exploitants, chaque mois gagné par un streamer risque de vider les salles plus vite, malgré les garde-fous imposés pour protéger les films fragiles. Sauf que Netflix a négocié quinze mois et Disney+ neuf mois d’attente… contre un financement plus important des films tricolores.