Washington accélère dans la course au quantique en annonçant un plan de 2 milliards de dollars, mêlant subventions publiques et prises de participation dans neuf entreprises du secteur.
Alors que la France met sur la table un financement de 1,55 milliards d'euros en faveur du quantique, Washington a lancé de son côté un programme de 2 milliards de dollars, avec au passage des prises de participation minoritaires dans plusieurs entreprises du secteur. Une approche inédite qui marque l’extension du rôle de l’État fédéral comme investisseur direct dans des technologies jugées « stratégiques ».
Le département du Commerce a signé des accords préliminaires avec neuf entreprises actives dans le calcul quantique et ses composants industriels. Le financement provient du Chips and Science Act adopté en 2022, initialement conçu pour soutenir la réindustrialisation technologique américaine et sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques.
L’essentiel des fonds sera concentré sur deux grands groupes. IBM recevra un milliard de dollars pour développer une activité dédiée à la fabrication de composants quantiques dans l’État de New York, avec un investissement privé équivalent annoncé par le groupe. GlobalFoundries bénéficiera pour sa part de 375 millions de dollars.
Autour de ces deux piliers industriels, plusieurs acteurs spécialisés doivent obtenir des financements plus « modestes », mais significatifs. D-Wave Quantum, Rigetti Computing, PsiQuantum, Quantinuum, Atom Computing et Infleqtion doivent chacun recevoir environ 100 millions de dollars. La start-up australienne Diraq devrait obtenir un financement plus limité.
Prise de participation systématique
Cette offensive illustre la montée en puissance du quantique dans les priorités technologiques américaines. Longtemps cantonnée aux laboratoires de recherche, cette technologie attire désormais massivement investisseurs privés et grands groupes, convaincus qu’elle pourrait bouleverser des secteurs entiers, de la pharmacie à la finance en passant par la cybersécurité ou la défense.
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Les ordinateurs quantiques promettent en effet une capacité de calcul largement supérieure à celle des supercalculateurs traditionnels pour certains problèmes complexes. Couplés aux progrès rapides de l’intelligence artificielle, ils pourraient accélérer la simulation moléculaire, l’optimisation logistique ou encore le développement de nouveaux matériaux.
Au-delà du soutien financier, la particularité du programme réside toutefois dans la prise de participation systématique de l’État fédéral. Le gouvernement américain détiendra des parts minoritaires et sans contrôle dans chacune des sociétés financées. Cette stratégie rompt avec les mécanismes classiques de subventions publiques et traduit la volonté de l’administration Trump de faire bénéficier directement le contribuable d’éventuelles futures valorisations boursières.
Un actif stratégique majeur
Depuis un an, Washington multiplie ce type d’opérations dans les secteurs jugés sensibles. L’État fédéral a déjà acquis ou négocié des participations dans plusieurs groupes industriels liés aux semi-conducteurs, aux matériaux critiques ou à l’énergie. L’administration défend cette approche comme un moyen de partager les risques tout en captant une partie des gains potentiels. Le secteur reste néanmoins loin d’une maturité commerciale complète.
Pour Washington, l’enjeu dépasse cependant le seul horizon économique. Dans un contexte de compétition technologique avec la Chine, le quantique est désormais considéré comme un actif stratégique majeur, au même titre que les semi-conducteurs ou l’intelligence artificielle. L’administration américaine prépare d’ailleurs, selon plusieurs médias américains, un décret présidentiel destiné à accélérer encore le développement de la filière.