Cerebras, le rival de Nvidia, va investir plusieurs milliards dans ses infrastructures européennes

Andrew Feldman, le directeur général de Cerebras.
BM/EM - REUTERS - Eduardo Munoz

Andrew Feldman, le directeur général de Cerebras.
BM/EM - REUTERS - Eduardo Munoz
La bataille mondiale pour la puissance de calcul s’intensifie. La start-up américaine Cerebras, devenue l’un des principaux concurrents de Nvidia sur le marché des puces dédiées à l’intelligence artificielle, va investir « plusieurs milliards de dollars » pour renforcer ses capacités en Europe. L’entreprise californienne prévoit d’étendre ses centres de données en France, en Finlande et en Norvège afin de répondre à une demande qui explose avec l’essor de l’IA générative et des agents autonomes.
« C’est une expansion massive » destinée à faire face aux besoins « en forte croissance » des clients européens, a déclaré son directeur général, Andrew Feldman, lors d’un entretien en marge du Raise Summit, organisé à Paris.
Les trois centres de données exploités par Cerebras seront progressivement agrandis pour atteindre une capacité totale de 200 mégawatts (MW) d’ici à 2027. Le groupe n’a pas précisé le montant exact de cet investissement, évoquant seulement « plusieurs milliards de dollars ».
Au-delà de la seule puissance de calcul, cette implantation européenne répond également aux exigences croissantes des entreprises en matière de souveraineté numérique et de protection des données. « Avec ces centres de données, nous pensons que nous pouvons nous conformer aux exigences européennes en termes de sécurité et sur (la protection) des données, nous avons beaucoup de clients européens qui nous le demandent », a expliqué Andrew Feldman. Selon lui, la demande liée à l’IA générative en Europe est désormais « si rapide » qu’il devient difficile « de garder la cadence ».
Fondée en 2015, Cerebras s’est spécialisée dans les puces destinées à l’inférence, c’est-à-dire la phase durant laquelle un modèle d’intelligence artificielle produit des réponses ou génère des contenus. Ce segment est aujourd’hui l’un des plus dynamiques du marché, porté par l’essor des agents IA capables d’exécuter de manière autonome des tâches complexes.
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Contrairement aux premières générations de chatbots, ces nouveaux assistants sollicitent beaucoup plus intensément les infrastructures de calcul, alimentant une demande croissante pour les processeurs de très haute performance.
Pour se différencier de Nvidia, Cerebras mise sur une architecture radicalement différente. L’entreprise développe des « puces sur tranche entière » ( »wafer-scale systems »), des processeurs géants conçus d’un seul tenant. « Traditionnellement, une puce est de la taille d’un timbre-poste et nous avons conçu une puce de la taille d’une assiette », a illustré Andrew Feldman.
Selon le dirigeant, cette approche permet d’accélérer considérablement les traitements. « Dans l’intelligence artificielle, les grosses puces traitent l’information plus rapidement (...) ce qui signifie que lorsque vous tapez une question dans un chatbot d’IA, vous obtenez une réponse plus rapidement », a-t-il assuré.
L’avantage de cette architecture réside dans son fonctionnement unifié. À l’inverse, les systèmes composés de nombreuses puces plus petites doivent multiplier les échanges de données entre processeurs, ce qui peut ralentir les calculs et accroître les risques de dysfonctionnement.
L’engouement des investisseurs pour cette technologie ne faiblit pas. Introduite en Bourse aux États-Unis en mai dernier, Cerebras a levé plus de 5,55 milliards de dollars, l’une des quinze plus importantes introductions en Bourse jamais réalisées à Wall Street. L’entreprise, qui emploie environ 900 personnes, affiche désormais une valorisation de 40 milliards de dollars. Parmi ses clients européens figurent notamment le laboratoire pharmaceutique britannique GSK, plusieurs centres de calcul haute performance en Écosse et en Allemagne ainsi que des entreprises spécialisées dans le développement logiciel.
Le groupe a également signé au premier trimestre un contrat majeur avec OpenAI, créateur de ChatGPT, évalué à plus de 20 milliards de dollars pour lui fournir des capacités de calcul jusqu’en 2028. Il a par ailleurs noué récemment un partenariat avec Amazon Web Services (AWS), leader mondial du cloud.
Alors que les investissements colossaux dans l’intelligence artificielle alimentent régulièrement les craintes d’une bulle spéculative, Andrew Feldman rejette cette hypothèse. « Historiquement, lorsqu’il y a eu des bulles, les gens créaient des choses en espérant que les clients viendraient. Maintenant, c’est l’opposé. Les clients veulent (l’IA) et il n’y a pas assez d’offre », a-t-il estimé. Pour le patron de Cerebras, la vague actuelle ne fait que commencer. « Nous commençons tout juste à voir les gains de productivité de l’IA », a-t-il ajouté.