A VivaTech, Bezos dans l’optimisme spatial, LeCun dans l’IA ouverte

"Je pense qu'en réalité, l'IA va créer une pénurie de main-d'œuvre", a glissé Jeff Bezos lors de son intervention.
REUTERS - Abdul Saboor

"Je pense qu'en réalité, l'IA va créer une pénurie de main-d'œuvre", a glissé Jeff Bezos lors de son intervention.
REUTERS - Abdul Saboor
Dans l’effervescence de VivaTech, les grandes figures de la tech mondiale ont déroulé, mercredi à Paris, leurs visions parfois convergentes, parfois opposées, d’un avenir structuré par l’intelligence artificielle et la conquête spatiale. Entre appels à la souveraineté européenne, prophéties industrielles extraplanétaires et défense d’une IA ouverte, le salon a pris des allures de tribune géopolitique autant que technologique.
Sur la scène d’ouverture, Maurice Lévy a donné le ton. Le président de Publicis a exhorté la France et l’Allemagne à structurer un fonds paneuropéen massif pour l’IA, estimé à 100 milliards d’euros, afin de réduire la dépendance aux géants américains. Une dépendance qu’il juge désormais critique. Il a ainsi souligné « la nécessité de créer un fonds à l’échelle européenne » à Paris, avant d’alerter sur la vulnérabilité stratégique que représente l’accès aux modèles étrangers : « C’est un peu comme s’il y avait quelqu’un qui avait un interrupteur sur un certain nombre d’éléments et qui pouvait le mettre en position « on » ou ’off’. »
Pour lui, le choc est déjà là, avec la suspension soudaine de certains accès à des modèles avancés de la start-up Anthropic. Une situation qui doit pousser l’Europe à considérer l’IA comme un enjeu de survie économique. « L’Europe devait considérer l’intelligence artificielle comme une priorité stratégique », a-t-il insisté, estimant que la compétitivité des entreprises européennes pourrait être directement menacée.
Un peu plus tard, la scène s’est déplacée vers un tout autre imaginaire avec Jeff Bezos. L’entrepreneur américain a défendu une vision radicale : transférer hors de la Terre les industries polluantes pour rendre à la planète un état préindustriel. « Si le voyage spatial devient suffisamment fiable et bon marché, et si nous pouvons obtenir nos matières premières d’astéroïdes et d’objets proches de la Terre et de la Lune, alors cette planète-jardin pourra être rendue à son état d’avant la Révolution industrielle », a-t-il affirmé.
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Dans cette projection à long terme, la Terre deviendrait un espace préservé, tandis que l’espace deviendrait le relais industriel de l’humanité. « Notre vision de long terme, notre rêve, est que toutes les industries polluantes puissent être implantées loin de la Terre », a-t-il ajouté, sans horizon temporel précis. Le fondateur de Blue Origin a également insisté sur l’essor de la Lune comme étape clé : « Cette fois nous allons sur la Lune pour y rester ». Et de détailler un futur système d’exploitation des ressources lunaires : « Vous avez de l’eau glacée dans les cratères plongés en permanence dans le noir près des pôles de la Lune. Et celle-ci peut être, par électrolyse, convertie en oxygène liquide et en hydrogène liquide ».
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Sur l’intelligence artificielle, son discours s’est voulu résolument optimiste. Face aux inquiétudes sur l’emploi, il a balayé les scénarios de destruction massive : « Je ne partage absolument pas ce point de vue. Et je pense qu’en réalité, l’IA va créer une pénurie de main-d’œuvre. » Pour lui, les capacités humaines resteront limitées non par la technologie, mais par l’imagination : « Nous sommes limités non pas par notre imagination, mais par ce que nous pouvons faire en réalité. »
« Je sais qu’il y a beaucoup d’inquiétude chez de nombreuses personnes, y compris chez de nombreuses personnes intelligentes, selon laquelle l’IA va rendre les humains obsolètes, et ainsi de suite, a poursuivi le fondateur de Blue Origin et d'Amazon. Je ne partage absolument pas ce point de vue. Et je pense qu’en réalité, l’IA va créer une pénurie de main-d’œuvre. »
La question de la souveraineté numérique a été portée avec force par Yann LeCun, figure majeure de l’IA. Défenseur des modèles ouverts, le chercheur a plaidé pour une approche décentralisée face à la concentration américaine. « J’ai eu des échanges avec plusieurs gouvernements à travers le monde. Ils veulent tous assurer leur souveraineté en matière d’IA, et je pense qu’ils ont raison », a-t-il affirmé.
Selon lui, l’enjeu dépasse la technique : il touche à l’accès à l’information elle-même. « C’est très important car, d’ici peu, l’ensemble de notre consommation d’informations passera par des assistants IA ». D’où son plaidoyer pour des systèmes ouverts : « La seul façon d’y arriver serait avec un modèle de base ouvert et libre, sur lequel chacun pourrait créer son propre assistant spécialisé, adapté à sa ou ses langues, à sa culture, à son système de valeurs, à ses opinions politiques et à ses centres d’intérêt ».
Le chercheur a également critiqué les restrictions imposées par certains acteurs du secteur, dénonçant une concentration excessive du pouvoir technologique : « Il y a une grande arrogance et un complexe de supériorité dans l’idée que seuls quelques-uns sont capables de contrôler l’IA et que les masses ignorantes ne devraient pas y avoir accès ».
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