Alibaba débloque 430 millions de dollars pour payer les utilisateurs de son chatbot Qwen

L'IA chinoise achète ses clients : la fin de l'illusion de la valeur ?
DR - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic

L'IA chinoise achète ses clients : la fin de l'illusion de la valeur ?
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Tandis que Sam Altman cherche à convaincre les entreprises de décaisser des millions pour ChatGPT Enterprise, Jack Ma — ou du moins ses héritiers chez Alibaba — a choisi une tactique radicalement inverse : payer le client pour qu’il daigne utiliser son IA. À l’approche du Nouvel An lunaire, période de transhumance humaine et de consommation frénétique, le géant de Hangzhou vient de poser 3 milliards de yuans (environ 431 millions de dollars) sur la table.
L’objectif ? Inonder les utilisateurs de l'application Qwen de coupons de réduction, de repas gratuits et de « hongbao » (enveloppes rouges) numériques. Cette offensive est le symptôme d'une industrie chinoise de l'IA qui, malgré ses prouesses techniques, peine à transformer l'essai économique.
En Chine, la technologie n'est jamais vraiment un service autonome. Elle est une porte d'entrée. En subventionnant l'usage de Qwen, Alibaba ne cherche pas à vendre une intelligence, mais à cimenter l'adhésion à ses plateformes Taobao, Tmall et Alipay. Si vous demandez à Qwen de planifier vos vacances, vous recevrez un bon de réduction pour un hôtel sur Fliggy. L'IA devient le rabatteur d'un écosystème en mal de croissance.
Cette stratégie de la terre brûlée rappelle la guerre entre Uber et Didi, ou la bataille sanglante des paiements mobiles en 2015. Tencent et Baidu ont d'ailleurs immédiatement répliqué, injectant respectivement 1 milliard et 500 millions de yuans dans la bataille.
Le modèle économique de l'IA générative se scinde désormais en deux blocs. D'un côté, le bloc SaaS (Software as a Service) américain où l'on vend un gain de productivité : l’utilisateur paie pour l’outil car l’outil a une valeur intrinsèque ; de l'autre, le bloc écosystémique chinois où l'IA est un produit d'appel, un « loss leader ». On perd de l'argent sur le calcul informatique pour capturer de la donnée et orienter la consommation. Cette course au moins-disant révèle un signal faible inquiétant : une surproduction de modèles de langage en Chine qui écrase les marges avant même que le secteur ne soit mature. Si l'IA est gratuite, voire rémunérée, quelle est sa valeur réelle aux yeux du consommateur ?
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Sur le terrain, à Zigong ou à Shanghai, cette pluie de yuans numériques stimule une consommation de court terme. Mais pour les ingénieurs et les start-up du secteur, la pression est étouffante. Comment innover quand le marché impose de brûler du cash pour exister ? Le risque est de voir l'IA chinoise s'enfermer dans un rôle de super-assistant commercial, là où l'Occident mise sur l'IA comme nouveau moteur de la révolution industrielle.
Quand Didi a dévoré Uber
En 2014, Uber débarque à Shanghai avec l'ambition d'y dupliquer son hégémonie sur les VTC. Face à lui, Didi Chuxing, né de la fusion des poulains d'Alibaba et Tencent. Ce qui suit est une « blitzkrieg » financière sans précédent : pour capter les chauffeurs et les clients, les deux rivaux brûlent des milliards de dollars en subventions massives. À son apogée, Uber perd 1 milliard de dollars par an sur le sol chinois.
L'hémorragie prend fin le 1er août 2016. Épuisé par cette guerre d'usure et sous pression d'une réglementation exigeant la rentabilité, Uber dépose les armes. Le géant américain cède ses activités à Didi contre une participation de 17,7 % dans son ex-rival. Cet accord, valorisé à l’époque 35 milliards de dollars, signe la fin des ambitions directes des Gafam en Chine.