Un technicien travaille dans un centre de données d'intelligence artificielle d'Amazon Web Services (AWS) à New Carlisle, dans l'Indiana, aux ÉtatsUnis, le 2 octobre 2025.
Le retrait de la start-up britannique Fluidstack de ses projets de supercalculateurs à Bosquel et Paris marque un coup d'arrêt pour le plan IA d'Emmanuel Macron. Ce désengagement interroge la viabilité des ambitions numériques européennes.
Les informations à retenir
Pourquoi Fluidstack quitte-t-il la France malgré les promesses de 2025 ?
La start-up privilégie un contrat de 50 milliards de dollars avec Anthropic au Texas et à New York.
Fluidstack a transféré son siège social à New York en décembre dernier, actant son départ du sol européen.
L'accès aux financements et la densité de clients outre-Atlantique l'emportent sur l'offre d'énergie nucléaire décarbonée française.
L'ambition affichée lors du Sommet pour l'action sur l'IA de février 2025 s'effrite. La start-up britannique Fluidstack renonce à implanter son supercalculateur géant à Bosquel, près d'Amiens. Ce projet représentait un investissement de 10 milliards d'euros. Il devait constituer la première phase d'une infrastructure de calcul massive de 1 gigawatt (GW).
Bloomberg rapporte que ce retrait concerne aussi un second site au sud de Paris. Cette infrastructure devait notamment servir les besoins de Mistral AI, le champion français de l'IA générative. « Une start-up britannique renonce à son projet de data center à 10 milliards d'euros en France, pour concentrer sa croissance aux États-Unis », confirme l'agence américaine.
Ce désistement ampute le plan de 109 milliards d'euros annoncé par l'Élysée. En janvier dernier, Bercy affirmait avoir sécurisé 67 milliards d'euros d'investissements. Le départ de Fluidstack réduit mécaniquement cette avance. Le gestionnaire du réseau RTE et la Communauté de communes Somme Sud-Ouest cherchent déjà un remplaçant pour le site de Bosquel.
L'attraction irrésistible du marché américain
En novembre dernier, Fluidstack a signé un contrat de 50 milliards de dollars avec Anthropic. Cet accord prévoit la création de centres de données sur mesure au Texas et dans l'État de New York. Ce contrat générera environ 800 emplois directs sur le territoire américain.
Le transfert du siège social de Fluidstack à New York en décembre dernier signalait déjà ce basculement. L'intérêt de Google, prêt à injecter 100 millions de dollars dans la société, renforce cette trajectoire. La proximité avec les grands laboratoires de recherche et les géants du cloud facilite l'accès aux capitaux massifs nécessaires à l'achat des puces de dernière génération.
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La France proposait pourtant des atouts techniques. Le site de Bosquel bénéficiait d'un accès réservé au réseau électrique haute tension. Emmanuel Macron soulignait en 2025 : « Notre énergie nucléaire est contrôlable, sûre, stable et décarbonée, idéale pour étendre nos capacités de calcul. » Ces arguments n'ont pas suffi face à la profondeur du carnet de commandes américain.
La souveraineté numérique française mise à l'épreuve
Le retrait de Fluidstack fragilise la chaîne de valeur de l'IA tricolore. Sans infrastructures de calcul locales, les entreprises comme Mistral AI risquent de dépendre de serveurs situés hors de l'Union européenne. Cette dépendance pose des questions sur la confidentialité des données et la latence des services pour les clients européens.
Le plan français visait à créer une alternative aux fournisseurs de cloud américains et chinois. Sur les 13 sites stratégiques annoncés initialement, 10 semblaient sécurisés début 2026. L'échec du projet Fluidstack libère toutefois une puissance électrique précieuse. RTE peut désormais réallouer cette capacité à d'autres industriels ou projets de calcul.
Les experts pointent l'absence de blocage réglementaire majeur en France. Le choix est strictement économique. Les États-Unis offrent un marché plus dense où la demande pour les capacités de calcul sature l'offre existante. Pour une entreprise en phase de croissance, la priorité va aux contrats déjà signés et financés.
Une recomposition du plan IA 2025-2030
L'État français doit maintenant convaincre d'autres acteurs de reprendre les capacités de calcul abandonnées. La compétition mondiale pour l'achat de puces GPU rend chaque projet dépendant des délais de livraison des fabricants comme Nvidia. Un retard de quelques mois peut rendre un site obsolète avant même son inauguration.
La prochaine étape pour le gouvernement sera la publication des nouveaux lauréats pour les sites de calcul haute performance d'ici à l'été 2026. La révision du plan d'investissement de Bercy est attendue pour ajuster les objectifs de puissance de calcul installée. La priorité reste le maintien d'une infrastructure souveraine pour éviter la fuite des cerveaux et des algorithmes vers la Silicon Valley.