Alors que les Français produisent plus d’électricité qu’ils n’en consomment, l’essor rapide des énergies renouvelables risque d’aboutir à un « suréquipement » néfaste pour le système, fait savoir le Réseau de transport d’électricité. À moins de construire rapidement des data centers, ces géants numériques friands d’électrons.Les data centers, ces géants de l’hébergement numérique, pourraient-ils devenir les meilleurs alliés des énergies renouvelables ? Alors que la France produit trop d’électricité par rapport à la demande, le gestionnaire des lignes à haute tension, RTE, « recherche consommateurs désespérément ». Car si cet excédent perdure, il faudra freiner le développement du solaire et de l’éolien afin d’éviter un « suréquipement » coûteux pour le système, a-t-il averti ce mardi.
Pour contrer ce scénario, RTE veut lancer une « course à l’électrification ». Le but : « concrétiser rapidement les projets » les plus gourmands en électricité, à commencer par les data centers. « C’est le meilleur moyen de résorber l’épisode de surcapacité et de rapprocher la consommation avec la trajectoire de croissance de la production d’électricité bas carbone », explique son directeur général, Thomas Veyrenc. Il s’agit même d’une « priorité », insiste son président, Xavier Piechaczyk.
« Tout se jouera dans les prochains trimestres »
Concrètement, RTE s’appuie sur 170 projets industriels ayant sollicité un droit d’accès au réseau. Ils représentent une puissance électrique de 30 gigawatts (GW) au global, soit près de la moitié du parc nucléaire, dont 14 GW pour les seuls centres de données. Tous ne verront pas le jour, précise Xavier Piechaczyk, mais plus leur nombre sera élevé, plus la France pourra atteindre ses objectifs climatiques.
Dans son scénario de « décarbonation rapide », RTE mise ainsi sur 10,6 GW de projets effectivement déployés d’ici à 2030, dont 4,3 GW de data centers. Dans une trajectoire de « décarbonation lente », ce volume serait divisé par deux. La conséquence serait lourde : la France devrait alors freiner massivement ses investissements dans les renouvelables et renoncer à ses ambitions climatiques. À l’inverse, un développement rapide des projets provoquerait une « véritable bascule », tirée par une hausse de la demande électrique.