C’est l’un des grands débats qui agitent l’industrie de l’IA en ce moment : faut-il continuer de miser sur les grands modèles de langage (l’architecture derrière ChatGPT, Gemini, Claude…) ou bifurquer vers des systèmes radicalement différents ? Le passage de Yann LeCun, ex-directeur de la recherche en IA de Meta, vers une toute nouvelle startup, AMI Labs, en est l’illustration. Rohit Patel, lui, est resté directeur au sein du Superintelligence Labs du groupe de Mark Zuckerberg où il travaille depuis 7 ans. Il estime que les grands modèles de langage constituent un « noyau d’intelligence », une base suffisante pour transformer profondément l’économie et la société. La Tribune l’a interrogé à ce sujet lors de l’événement EmTech Europe, organisé à Athènes par MIT Technology Review et le journal grec Kathimeriní, les 19 et 20 mars 2026.
LA TRIBUNE – Comment définissez-vous la « superintelligence » ? Certains estiment que ce mot relève surtout du marketing, qu’il est illusoire d’imaginer une machine surpassant en tout point les humains… Que leur répondez-vous ?
ROHIT PATEL – Il est peu probable que nous arrivions bientôt à une situation où l’IA puisse faire exactement tout ce que les humains peuvent faire. Les humains peuvent faire énormément de choses – par exemple, donner un rein, ce qu’aucune IA ne pourra faire. Il y a donc des capacités humaines qui ne sont même pas des cibles pour l’IA. Si l’on imagine un diagramme de Venn entre les capacités de l’IA et celles des humains, il existe une zone commune : des choses que les humains peuvent faire et que l’IA peut désormais faire aussi. Mais il y a aussi des domaines où les humains les surpassent et d’autres où les IA montrent des capacités surhumaines, car elles possèdent une connaissance extrêmement vaste sur de nombreux sujets qu’aucun humain ne pourrait raisonnablement accumuler au cours d’une vie.