Les salariés syndiqués du géant sud-coréen des puces mémoires Samsung Electronics ont approuvé l'accord prévoyant de colossales primes annuelles liées aux profits générés par l'IA, selon les résultats d'un vote électronique achevé ce mercredi 27 mai.
Une méga-prime liée aux profits de l'IA pour les employés de Samsung Electronics. Les salariés du géant sud-coréen des puces mémoire ont largement approuvé (73 %) l'accord en ce sens à l'issue du vote électronique qui s'est étalé sur cinq jours, jusqu'à ce mercredi 27 mai.
Samsung Electronics et sa confédération syndicale s'étaient entendus la semaine dernière in extremis pour éviter une longue grève qui menaçait d'affecter toute l'économie sud-coréenne et les chaînes d'approvisionnement de la tech mondiale.
Le compromis trouvé prévoit pour les seuls employés de la division des semi-conducteurs des bonus annuels équivalant à 10,5 % du bénéfice d'exploitation du département versés en actions, combinés à 1,5 % supplémentaire en espèces.
Un boom mondial de l'intelligence artificielle
De quoi assurer cette année à quelque 78 000 employés sur 125 000 au total dans le pays le versement d'environ 509 millions de wons (290 000 euros) chacun en moyenne, sur la base du bénéfice d'exploitation anticipé par le marché. Les salaires de base seront eux augmentés en moyenne de 6,2 %. D'autres primes sont prévues pour les autres branches, mais moindres.
Ce régime de primes, prévu pour 10 ans et conditionné à d'ambitieux objectifs de performance, s'inscrit sur fond de boom mondial de l'intelligence artificielle (IA) qui a dopé l'activité de Samsung Electronics dans les puces mémoire, essentielles aux centres de données.
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L'entreprise a vu son bénéfice d'exploitation du premier trimestre bondir d'environ 750 % sur un an, tandis que sa capitalisation boursière a dépassé début mai 1 000 milliards de dollars après une envolée d'environ 500 % du titre sur un an. La perspective d'une grève avait alarmé : Samsung Electronics génère 12,5 % du produit intérieur brut (PIB) de la Corée du Sud et les puces mémoire représentent 35 % des exportations du pays.
Un « dividende national » tiré des revenus de l'IA
Témoin du poids du secteur : l'autre géant sud-coréen des puces mémoires, SK Hynix, fournisseur du mastodonte américain Nvidia, a lui aussi dépassé ce mercredi les 1 000 milliards de dollars de capitalisation.
De quoi aviver la question d'une redistribution des profits. Mi-mai, le secrétaire de la présidence sud-coréenne Kim Yong-beom avait évoqué un possible « dividende national » tiré des revenus de l'IA pour financer un revenu de base ou les retraites… avant d'être recadré par le gouvernement. Pour les analystes, des bonus importants pourraient empêcher les talents sud-coréens de partir travailler à l'étranger.
Déjà l'an dernier, les employés de SK Hynix avaient perçu des primes plus de trois fois supérieures à celles alors versées chez Samsung, selon le syndicat de ce dernier.
Ces primes gonflent le statut social des ingénieurs de SK Hynix ou de Samsung : une simple veste arborant le logo SK Hynix a été brandie récemment sur les réseaux sociaux comme symbole de réussite, des parodies en faisant le sésame pour entrer dans les boutiques de luxe ou avoir des rendez-vous galants.
Un accord qui mécontente les salariés d'autres filiales
Au sein de Samsung Electronics, l'accord entérine l'écart entre les salariés du département des puces et ceux des autres départements (écrans, téléphones, électronique), dont les bénéfices d'exploitation stagnent ou reculent et où les primes seront très inférieures.
Un syndicat minoritaire représentant des employés hors de la division puces avait saisi un tribunal pour tenter de bloquer le vote sur l'accord, jugé disproportionné.
Suscitant un vif débat dans la société sud-coréenne, le cas Samsung alimente des revendications syndicales accrues à travers le pays dans des secteurs variés. Il mécontente aussi les employés d'autres filiales moins en vue du conglomérat, comme Samsung Display, Samsung SDI ou Samsung Electro-Mechanics, cotées séparément, qui perçoivent des bonus bien inférieurs et pourraient relancer leurs propres négociations salariales.
Les actionnaires grognent également : un collectif d'actionnaires individuels de Samsung Electronics s'oppose à l'accord qu'il considère illégal faute de feu vert en assemblée générale et s'est dit la semaine dernière prêt à agir judiciairement pour le bloquer.