L’Autorité de la concurrence condamne la plateforme de prise de rendez-vous médicaux à 4,6 millions d’euros d’amende. Doctolib, qui fait appel, est accusée d’avoir « verrouillé » le marché et évincé ses concurrents grâce notamment à une clause d’exclusivité et le rachat en 2018 de son principal concurrent.Les Big Tech n’ont pas le monopole des amendes. Après avoir infligé des sanctions à Apple et Google, l’Autorité de la concurrence continue sa tournée et demande 4,6 millions d’euros à Doctolib pour abus de position dominante. Une somme qui représente environ 1 % environ du revenu annuel récurrent de la plateforme dédiée à la prise de rendez-vous médicaux et aux téléconsultations , s’élevant à 348 millions d’euros en 2024.
« Quelle que soit leur nationalité, les entreprises doivent respecter la loi », a précisé le président de l’Autorité, Benoît Cœuré, en préambule d’une conférence de presse jeudi 6 novembre. Comme pour désamorcer toute critique insinuant que l’organisation bloque l’ascension d’un champion français de la tech. Car le verdict est clair pour l’Autorité : Doctolib a mis en place des pratiques anticoncurrentielles en profitant de son « quasi-monopole », selon les mots de Fabienne Siredey-Garnier, vice-présidente de l’Autorité de la concurrence. Une petite part de l’amende - 50 000 euros - est liée au rachat, en 2018, de MonDocteur, l’ex-principal rival de Doctolib. C’est une première pour l’Autorité de la concurrence de sanctionner une acquisition jugée prédatrice en s’appuyant sur l’arrêt Towercast de mars 2023, qui lui confère cette possibilité. L’amende est limitée, car le rachat est antérieur à cet arrêt, explique l’Autorité.
Une clause d’exclusivité abandonnée en 2023
Le gros du montant est surtout imputable à deux clauses mises en place par Doctolib. La première interdisait aux praticiens présents sur Doctolib de s’inscrire sur une plateforme concurrente. Elle a été supprimée en septembre 2023. « C’est la décision de Doctolib », explique Fabienne Siredey-Garnier, tout en précisant que celle-ci est intervenue « après la saisie de documents internes par l’Autorité de la concurrence à l’été 2023 ».
La seconde clause, toujours en vigueur, oblige les praticiens qui souhaitent souscrire au service de téléconsultation mis en place par Doctolib à souscrire également au service de prise de rendez-vous. « Elle a eu pour effet d’augmenter le nombre de clients de Doctolib Patient et ainsi la position dominante détenue par Doctolib », précise l’Autorité dans son communiqué.