Entrepreneur chevronné, Nigel Toon a créé plusieurs entreprises avant de cofonder Graphcore, acteur britannique des semi-conducteurs qu’il dirige aujourd’hui. Il a signé une récente tribune dans le Financial Times relevant les failles existantes dans le milieu de la tech du Royaume-Uni et les moyens d’y remédier. Pour La Tribune, il décline sa vision pour la France et l’Europe.LA TRIBUNE. Lorsque l’on évoque l’écosystème technologique français, britannique, ou plus généralement européen, on constate que nous ne manquons ni de talents ni de start-up, mais que celles-ci peinent à lever des fonds une fois atteinte la phase de maturité, ce qui les pousse à s’expatrier aux États-Unis. Partagez-vous ce constat ?
NIGEL TOON. Je le partage, mais je pense que c’est un symptôme, et non la cause. À mon sens, la racine du problème vient du fait que ces entreprises ont besoin de capter l’attention du marché, de trouver le bon profil commercial, de sorte que, si on leur injecte beaucoup de capital, elles puissent croître rapidement et créer suffisamment de signaux de marché positifs pour rassurer les investisseurs et les convaincre de s’engager sur des sommes plus importantes.
Car il y a du capital disponible, mais nous ne générons pas suffisamment d’entreprises derrière lesquelles on décèle un futur gros chiffre d’affaires et de juteux profits, face auxquelles les argentiers se disent : « Cette start-up va décoller, nous avons intérêt à investir dedans. » C’est d’autant plus important en Europe, où les fonds de pension sont peu enclins au risque et veulent être certains de la pertinence de leur investissement avant de se lancer.
En quoi l’écosystème américain est-il plus performant à cet égard ?
En Europe, il manque aux start-up le soutien qui leur permette d’accéder aux consommateurs, de passer du statut de jeune pousse technologique à celui de véritable opération commerciale. Dans la Silicon Valley, ce soutien est apporté par les fonds en capital-risque. Si l’on regarde le profil des associés au sein de la plupart des fonds européens, ils viennent pratiquement tous de la finance ou du conseil. Très peu sont des entrepreneurs. Dans la Silicon Valley, la proportion est plutôt de 50/50. Lorsqu’un fonds comme Sequoia ou Andreessen Horowitz investit dans une start-up, il apporte ainsi bien davantage que du capital. De tels fonds sont peuplés de vétérans qui disposent d’un solide réseau au sein des grandes entreprises de la Silicon Valley.