Le champion français de la prise de rendez-vous médicaux en ligne se voit infliger une amende de 4,7 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence pour une double infraction combinant pratiques d’exclusivité, ventes liées et acquisition jugée prédatrice. Cette sanction intervient au moment où Doctolib célébrait tout juste sa rentabilité.L’Autorité de la concurrence a condamné Doctolib à verser 4,665 millions d’euros pour abus de position dominante. Le grief concerne deux marchés jugés stratégiques et distincts : celui des services de prise de rendez-vous médicaux en ligne (Doctolib Patient) et celui des solutions de téléconsultation (Doctolib Téléconsultation). Cette décision met un terme, au moins provisoirement avec l’appel de l’entreprise, à une enquête lancée il y a huit ans, à la suite d'une plainte déposée par son concurrent direct, l’acteur français des logiciels médicaux Cegedim.
Premiers bénéfices en douze ans
Cette amende arrive à un moment délicat pour la licorne qui venait tout juste d’atteindre le seuil de la rentabilité après douze ans d’existence. En 2024, Doctolib affichait toujours un résultat net négatif de 110 millions d’euros, portant ses pertes cumulées à plus de 600 millions d’euros. Même si l’entreprise a généré 348 millions d’euros de revenus annuels récurrents en 2024, cette sanction amputera directement sa nouvelle capacité bénéficiaire.
Doctolib conteste la définition des marchés de l'Autorité de la concurrence. Elle a tenté d’arguer que les fonctionnalités de prise de rendez-vous ou de téléconsultation « ne peuvent pas être isolées de l’ensemble de la suite » logicielle pour assurer, par exemple, la télétransmission des données à l’Assurance-maladie. La plateforme met également en avant une faible proportion de requêtes concernant la téléconsultation (seulement 0,4 %), et se défend en affirmant ne pas être un moteur de recherche universel.
L’Autorité détaille un faisceau de pratiques constituant une « infraction unique, complexe et continue ». L’objectif, explicite dans des documents internes, était de « verrouiller les marchés » en se positionnant comme une « interface obligatoire et stratégique entre le médecin et son patient ».
La clause d’exclusivité, un instrument de contrôle